Périples

 

Nos périples s’étendent de La Bretagne Nord aux Pyrénées Orientales en passant par Gibraltar. Et récemment la traversée de La Manche, de la mer d’Irlande, du Canal Calédonien et de la Mer du Nord.

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Voici comment tout a commencé :

Pour faire sourire ceux qui osent et pour encourager ceux qui doutent.

Chapitre 1 « 90% de galères pour 10% de bonheur »
De Marans (17) à Plouër-sur-Rance (35)
1ère partie

Le stress s’installe ! Que s’est-il passé ? On a pourtant bien attendu d’être à côté de la balise d’eau saine pour envoyer les voiles et pourtant nous voilà bloqués ! J’espère ne pas être sur un pieu de bouchots.
On se demande bien ce qui se passe. Je décide de m’équiper de mon plus beau slip de bain, et de me glisser sur le flan de la carène voir ce qui bloque le bateau. Il m’a suffi de descendre qu’un seul barreau de l’échelle de bain pour apercevoir l’hélice de La Désirade a moitié sortie de l’eau. Nous sommes échoués. Comment réagir? Tous deux novices à bord, Pierre me propose de larguer le radeau de survie (une idée pas du tout exploiter car l’eau se retire et nous nous serions aussi échoués avec le radeau) la seconde idée plus raisonnable fût d’appeler l’ancien propriétaire et à l’écoute de ses conseils avisés, nous mouillons l’ancre, ouvrons une bouteille de rosé et attendons que l’eau remonte.
Comment en sommes-nous arrivés là…

Depuis longtemps je souhaitais avoir pour habitation un voilier. Linda, ma compagne, rêvait plutôt d’un chalet en forêt au bord d’une rivière où elle pourrait vivre au gré de la nature ! Après des recherches vaines dans ce sens, nous nous sommes tournés vers mon idée.
En se promenant à Marans, c’est sur la Désirade que nous avons jeté notre dévolu. C’est un plan colin Archer en acier de 11 mètres de long par 4 de large avec une delphiniaire, gréé en cotre aurique, dont le plan d’architecte est de 1830.
Avec mes connaissances en navigation essentiellement à moteur et les 30 minutes de char à voile que Linda a fait, il est peu probable que nous en sortions… mais on essai quand même !
Nous profitons de la saison d’hiver pour aller travailler en Suisse et potasser des bouquins de navigation à la voile. Et c’est au retour que nous sortons le bateau. Quel monstre ! Sa forme ronde et trapue nous fait penser à une baleine, les moules qui se sont agglutinées dessus depuis plusieurs années n’arrangent rien du spectacle.
Pendant ce printemps 2011, nous exploitons un camion à pizza sur le port de Marans et en parallèle retapons le bateau. Dans l’attente d’un heureux évènement Linda travaille moins au bateau à cause des produits et s’occupe d’avantage de notre commerce.
Nous apprenons beaucoup de choses utiles au chantier mais aussi beaucoup de conneries. C’est pourquoi nous optons pour des casques anti-bruits au quotidien même pour les travaux de peinture. Il est bien difficile de faire le tri de toutes les informations bonnes ou mauvaises que l’on vous soumet, c’est pour cela que nous nous sommes au maximum tournés vers les professionnelles ou connaisseurs. Ceci ne nous a pas empêché, d’asperger la coque une fois nue, d’acide phosphorique… regrettable erreur !!

Nous voilà à la fin de l’été, les travaux sont terminés. Un soir à l’apéro, Yoann, un ancien collègue Malouin de l’armée me taquine: « le jour où tu passeras les portes de saint Malo je te donnerai mon pavillon Malouin »…
Défi relevé, le choix de la destination est fait, ce sera Plouër-sur-Rance à côté de Saint-Malo.

Départ prévu le 24 septembre, je partirai avec Pierre le compagnon de ma mère vers Les Sables d’Olonne pour un premier essai, Linda nous rejoindra là-bas avec notre véhicule.
…Alors voilà, nous sommes ici, au milieu de la baie de l’Aiguillon posés sur le flan et entourés de vase, le crépuscule arrive, je repense à ce dicton qui m’avais fait sourire : « quand les goélands ont pieds, il est temps de virer ! ».
Nous essayons de nous reposer tant bien que mal. C’est au milieu de la nuit que le bateau commence à bouger, nous nous dégageons avec beaucoup de peine et « poc » rebelote ! Nous sommes de nouveau collés ! Ce n’est pas possible ! Il faut dire aussi que ce maudit traceur que nous nous sommes offerts me déçoit un peu, il devrait normalement avoir une carte bien précise du coin et des fonds et aux lieux de ça, je n’ai que le contour des côtes ! La carte électronique nous a couté bien assez cher, j’en espérais un peu plus…
Tant pis, je prends le point GPS, le reporte sur la carte, c’est parti, la Désirade repart, je sais par où on doit passer. Nous voilà enfin en eau saine et mettons le cap vers Les Sables d’Olonne. Comme prudence est mère de sureté… ou l’inverse, nous décidons avec Pierre de rester à sec de toiles jusqu’au petit jour et c’est à l’aube que nous envoyons de la toile et coupons le moteur.
Le reste de la navigation s’est faite sans encombre, le foc, la trinquette et la grand-voile sont gonflés bien que le vent soit mou. Nous constatons aussi un élément important qui restera ainsi pour toutes les autres navigations, la quille longue est vraiment sujette au courant. Nous rentrons dans la passe des sables en début d’après-midi, accueilli au port par les filles.
Conclusion de ce 1er essai, pour que le bateau flotte, il lui faut de l’eau en dessous, et pour avoir les informations détaillées d’une carte électronique, il faut l’insérer dans le bon sens à l’intérieur du GPS.
Nous restons dix jours aux Sables d’Olonne, mes parents sont rentrés à La Rochelle et nous profitons de cette escale pour peaufiner la Désirade et faire l’avitaillement.
Chapitre I, 2ème partie

« Des Sables d’Olonnes au Conquet »
Le 5 octobre 2011, le jour J ! Nous partons pour Saint-Malo dans la matinée, faisant route vers l’Ouest de Belle-Île , au près dans une mer qui est loin d’être confortable, je tombe malade, la soirée et la nuit durant! Ça promet ! Pierre prend mes quarts. Nous décidons, le lendemain de nous arrêter à Belle-Île ; le temps de reprendre des forces et de voir le temps se calmer.
A l’approche de Belle-Île, nous entrons dans une nappe de brouillard à couper au couteau, nous devons tirer un autre bord…encore raté…la Désirade est stoppé, nous n’y voyons rien, le GPS est perdu lui aussi. Heureusement, cette purée de pois se lève doucement et nous commençons à distinguer les îles…enfin on le croyait, Pierre me dit : « regarde là-bas, c’est Belle îles », nous mettons le cap dessus mais une chose cloche avant la nappe de brouillard, la houle venait sur bâbord, et maintenant elle est sur tribord. J’en fais part à Pierre qui me dit : « Bien vu, on vire ! ».
Nous sommes maintenant dans le bon cap, mais le courant nous porte vers Quiberon, ce n’est pas croyable ?, impossible de rejoindre le port du Palais! Un coup d’œil sur la carte m’indique le passage de la Teignouse, pas très engageant comme nom mais on tente quand même… Nous voilà en route sans faire face aux éléments mais pourtant, le bateau ralentit de plus en plus…la renverse ; le courant s’est inversé et nous peinons à avancer, alors cap de nouveau sur Belle-Île !
Bien avant d’arriver devant le port, nous décidons d’affaler les voiles histoire de ne pas nous faire surprendre par une éventuelle galère dans cette manœuvre. Regrettable erreur… la mer encore agitée, nous ballade sans peine, ça bouge dans tous les sens, le moteur s’accélère quand l’hélice mord la surface de l’eau, le temps est long mais la passe du port est devant nous.
Une fois installé au port du Palais, l’agent portuaire nous fait part de la météo : nord-ouest, 5 à 6 beauforts. Ce n’est pas pour nous, novice en voile ! Pierre avait navigué à la pêche, moi dans l’armée…les virements de bord, les empannages, les amures et les allures, on ne connaît pas, quand on a essayé de tirer des bords pour arriver jusqu’ici, le bateau s’arrêtait, les voiles se mettaient en carafe, du grand n’importe quoi…
Nous décidons de débarquer pour faire un tour et comme quoi le monde est petit. Nous rencontrons Manu et Isabelle du voilier « Le Rocher », rencontré à Marans auparavant. Ils nous donnent quelques tuyaux pour améliorer nos virements de bord. On essaiera ça demain, vu que notre bref séjour sur l’île s’achève.
Un petit message de Linda sur le téléphone nous donne une météo approximative mais en revanche très clair sur la direction du vent…dans le nez.
Au matin, on repart en direction du Raz de Sein. Pierre est à la barre, la grand-voile est envoyée arisée ainsi que la trinquette. Il ne me reste que le foc de 16 mètres carré à envoyer. Ce dernier est bloqué sur l’étai et je dois aller jouer avec les drailles pour finir la manœuvre. La mer est encore formée. Je suis au bout de la delphiniaire accroupi, quand La Désirade rentre dans un creux, je suis dans l’eau, jusqu’à la taille. Trempé, je fini la manœuvre pestant la mer qui n’a pas l’air de se calmer.
En fin d’après-midi, un spectacle s’offre à nous! Un énorme trimaran de compétition file sur l’eau, alors que La Désirade progresse à l’allure d’une bicyclette… Nous avions convenu les changements de quart au bout de 2 heures mais la navigation en a décidé autrement. C’est à chaque virement de bord que nous nous relayons. Le vent a molli un peu mais toujours au près! Côté pêche à la traine, c’est royale, nous sortons deux bonites de l’eau, et Pierre en profite pour me montrer comment lui, s’y prend pour traiter le poisson ; après lui avoir tiré la gueule en arrière d’un coup sec pour le tuer, il l’étripe, le vide et l’arrime sur un petit bout frappé au pied de mat. Il m’explique qu’en s’y prenant ainsi, le poisson sèche et qu’à la cuisson, le gout est plus prononcé.
Nous arrivons au Raz de sein dans la bonne marée, celle qui nous conduira de l’autre côté. On m’avait prévenu de ce coin là…on ne m’avait pas menti! C’est très impressionnant mais nous avançons nettement grâce au courant.
La pêche est bonne, nous prenons des maquereaux. Sachant que nous serons bientôt arrivés à la prochaine escale, je dis à Pierre que je les préparerais pour le diner avec quelques pommes de terre. Olivier, rencontré sur les quais de Marans, m’avait conseillé Camaret sur mer comme arrêt intermédiaire afin d’embouquer le chenal du four mais après avoir étudié la carte et porté par l’enthousiasme du Raz de Sein passé sans encombre, notre choix se porte plutôt vers le port du Conquet. Une idée audacieuse, et pour cause, nous sommes arrivés un peu tard et c’est devant la pointe Saint-Mathieu que nous passons les trois prochaines heures. Pierre est agrippé à la barre, nous savons l’un comme l’autre que si nous commençons à nous mettre en travers, tout peut devenir compliqué, nous sommes près des cailloux. La nuit est déjà bien entamée, je demande à Pierre s’il veut que je le remplace mais rien y fait, il ne lâche rien. D’un coup de torche, je tente de mesurer la distance qui nous sépare des roches et c’est dans le faisceau lumineux, juste à l’arrière de la poupe que je la vois… « La Fourmie »! La balise est tellement près que je pourrais la toucher en tendant le bras, je fige…
• Pierre, Pierre ?
• Tais-toi Micka, je suis concentré, ne me parle pas !
Je m’exécute, ne dis rien, et éteins la lampe. Le temps est très long, nous sommes fatigués. Je surveille la bouée, je crois maintenant que nous gagnons du terrain, et faisons route très lentement vers la passe du Conquet. Je reprends la barre pour l’approche et la manœuvre de port. Je suis un peu trop sur tribord et je sens la quille frotter sur le fond, je réagis de suite, décidément, il s’en est encore fallu de peu! Nous mouillons l’encre derrière la digue. Je propose à Pierre d’aller se reposer le temps de préparer les maquereaux, il est très tard mais il faut que l’on mange. Je ne regrette pas le temps passé à cuisiner, les poissons sont délicieux, la méthode a Pierre est vraiment bien.
Dans la nuit, tout est paisible mais il y a un bruit, plutôt sourd. Ce n’est pas sur la coque. Je sors de la bannette et mets la tête dehors; branle bas de combat ! Pierre me rejoint aussitôt, l’ancre a chassé, nous sommes maintenant au milieu des bateaux de pêche qui eux sont bien amarrés, je démarre le moteur, Pierre relève l’ancre qui par chance n’a pas bloqué dans un corps mort et nous retournons mouiller derrière la digue avec une longueur de chaine exagérée certes, mais qui nous permettra un sommeil tranquille.
C’est au petit matin, au moment de sortir boire mon café et fumer une cigarette dans le cockpit que je vois tous ces gens en train de nous regarder. En descendant dans le carré, je dis à Pierre :
-c’est étonnant tous ces gens sur le quai qui nous regardent.
-Oh, tu sais Micka, c’est un petit village pécheur, ils n’ont peut-être pas l’habitude de voir des bateau de plai… « Bôôôôôp, bôôôôp ! »
Le retenti pendant quelques secondes d’une corne de brume, toute proche. Je sors direct et je comprends. Nous sommes mouillés devant le quai d’accostage de la navette qui dessert les îles! Une fois de plus, branle bas de combat! Je m’occupe du moteur, Pierre de la chaine qui n’en finit pas…on en avait mis pas mal pour être sure! Nous dégageons la place. Le patron de la vedette, sympathique, nous indique où nous pouvons mouiller sans gêner qui que ce soit. Nous suivons ses consignes, finissons de déjeuner, et sortons les cartes nautiques.
Chapitre I, 3ème partie

« Le Conquet (29) – Plouër sur Rance (35) »

9 heures, il est temps de repartir et profiter du courant dans le chenal du four.
Nouveau message de Linda : vous allez avoir encore un peu le vent dans le nez mais bonne nouvelle, il tourne à l’est ensuite! Son enthousiasme me fait sourire jaune…nous aussi allons à l’est, et cette météo n’est vraiment pas pour nous aider.
Nous avançons bien, la mer est beaucoup plus confortable qu’au début du voyage. Escorte de dauphins, exercice militaire, chasseurs piquant sur nous, redressant à moins de 100 mètres sol et la pêche, nous font vite arriver au Cap Fréhel !
La Désirade marche bien, mais le vent tombe. Nous décidons d’allumer le moteur pour ne pas perdre de temps. C’est à ce moment-là que l’inverseur nous lâche. La marche avant saute dès que l’on met les gaz, en revanche, la marche arrière fonctionne. Nous coupons le moteur et tirons des bords, nous voyons une amélioration à ce niveau, on ne les réussit pas tous, mais bon, c’est moins laborieux qu’au départ du périple.
Le cap passé, nous choisissons le Port Blanc, à Dinard, pour se reposer et voir ainsi les possibilités qui s’offrent à nous. L’arrivé de nuit n’est pas facile, de plus, nous sommes en marche arrière en train de nous faufiler entre les roches. Le stress est à son comble, les filles et Yoann, l’ancien collègue de l’armée, ont positionné les voitures l’une derrière l’autre sur la plage, feux allumés créant ainsi un alignement. Une initiative qui nous aide beaucoup. C’est le bas de l’eau, nous mouillions l’ancre par 3m50 de fond à une distance raisonnable de la plage. Nous sommes généreux avec la longueur de chaîne, il est hors de question d’aller s’échouer sur les cailloux !
Au petit jour, l’endroit est superbe, nous n’avons pas bougé, il fait beau, c’est royal! En quelques coups de pagaye, à bord de notre canoé gonflable, je retrouve sur la plage, Linda toujours enceinte, accompagné de ma mère et Yoann. Pierre est resté à bord. Quelques explications sur la situation, j’embarque Yoann avec moi, et retournons à bord de La Désirade. Après avoir jeté un œil à l’inverseur, personne n’a de solutions.
Il est temps de repartir ; j’ai un plan, audacieux, mais un plan quand même. Pour l’heure, il faut surtout se concentrer sur le passage à emprunter entre les cailloux. La veille soutenue de l’équipage n’a pas empêché d’entendre le grincement strident qu’a fait la quille sur un rocher.
• Pierre, viens prendre la barre !
Je n’ai pas mis de temps à vérifier les cales, et retourne dans le cockpit.
• C’est bon Micka ?
• Oui, ça a frotté mais c’est bon.
Nous voilà sorti d’affaire. Le plan consiste donc à nous approcher sous voile au plus prés des écluses du barrage de la Rance, appeler l’éclusier par VHF, lui expliquer la situation et avec son accord, entrer en marche arrière dans l’écluse.
L’approche se fait sans mal, nous dépassons intra-muros et l’entrée du port de Saint-Malo, c’est de toute beauté ! Une chance d’avoir cette légère brise au portant qui nous emmène vers le barrage. Un seul bémol, ce bateau pêche-promenade.
« Qu’est-ce qu’il fait, il nous voit ou pas? Il fonce droit sur nous ! »
La marge de manœuvre est déjà mince, il ne va quand même pas tout nous faire foirer ! Arrivé à notre niveau, je me tiens prêt à l’éviter mais il coupe les gaz, sort de sa timonerie et nous prend en photo. J’étais loin de m’attendre à ça!
Après un échange radio avec l’éclusier, ce dernier comprend nos intentions et autorise notre demande. Le haut-parleur retenti :
« A toutes les embarcations en attente de rentrer dans l’écluse, veuillez laisser la priorité au vieux gréement en approche. »
Le moteur mis en route, nous affalons les voiles, et je manœuvre en marche arrière vers les portes. Tout ce passe bien jusqu’au moment où un voilier, qui visiblement n’a pas compris les consignes, nous coupe devant pour prendre, en plus, la place que je visais.
La Désirade, pas bien manœuvrante en marche arrière, je me débrouille comme je peux à la barre, tandis que Pierre et Yoann font de leur mieux pour passer les aussières. Dommage pour la planche en bois portant le nom du bateau, elle a cède contre la paroi du sasse. Rien de grave, nous sommes maintenant bien amarrés, les filles sont au-dessus, au niveau de la route.
Une vedette se met à couple de nous, et Pierre discute avec son propriétaire. Il lui explique nos misères et le monsieur propose de nous aider à sortir de la passe en nous remorquant… et change subitement d’avis.
C’est jusqu’au port qu’il nous remorquera. Nous sommes ravis, nous nous laissons porter sur La Rance.
A l’approche du port, nous rejoignons les boules de mouillages où il faudra attendre quelques heures afin de pouvoir entrer dans la passe. Nous les comblons avec un petit verre de Rhum et fêtons la fin de ce voyage.
L’heure approche, nous préparons tout pour l’accostage à l’emplacement désigné par Linda. L’entrée est facilement accessible quand le bateau est muni d’un moteur qui fonctionne correctement…Nous ne prenons pas le risque de faire la manœuvre en marche arrière. C’est donc au ralenti avant, passé manuellement que nous réussissons l’accostage. Le paysage est superbe ! Un bel endroit où passer l’hiver. Nous sommes arrivés, c’est avec émotion que je sers Linda dans mes bras et lui dis :
« 90% de galères pour 10% de bonheur »
Nous sommes invités chez Yoann pour le dîner, mais Pierre et moi avons un autre rendez-vous avant tout…La douche, que nous n’avons pas vu depuis dix jours.

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Chapitre II, 1ère partie

De Ploüer-Sur-Rance (35) à Saint Helier (Jersey)

Le matin du 16 octobre 2011, une légère brume donne un côté mystique au lieu. Un plaisancier d’outre-manche joue de la corne muse en bout de ponton.

Plouër-Sur-Rance est un Petit village établi sur une colline des bords de La Rance, entre Saint Malo et Dinan. Apparemment, il n’en a pas été toujours ainsi. Quelques siècles avant notre arrivée ici, les habitants de Plouër étaient à Plumason, un peu plus en amont sur La Rance. Suite à de nombreuses intrusions d’envahisseurs, ils ont décidés de se déplacer sur cette colline dans l’idée de se protéger des pillages. Ça a fonctionné vu que le village est encore là!

Deux semaines après notre arrivée, il est temps d’accueillir le nouveau mouss’ qui va à elle seule changer énormément de choses. Eden est née à Saint Malo le jour d’halloween! La vie à bord s’organise doucement, les journées sont remplies de joie, de promenades, et de découvertes. L’écharpe de portage est plus sollicitée que la poussette canne donnée par notre voisine de ponton. Nous profitons du temps précieux que nous lui consacrons.

Les bains de bébé se font à bord à l’aide d’une baignoire pliable et remplie d’eau chaude charriée des sanitaires au bateau à l’aide de bidon. Mise à part ça, et à quelques choses près, la vie à bord ressemble à la vie que l’on pourrait avoir dans un petit chalet de montagne isolé. Nous adorons ça.

Pour ce qui est de l’inverseur, cette mécanique dont dépend la marche avant et arrière du bateau, nous avons eu la chance de rencontrer en mécano qui a pu le remettre en état. Ce gars là avait pas mal bourlingué en famille à travers le monde et j’étais ravi d’écouter ces anecdotes. Il m’aide aussi à améliorer l’électricité du bord.

Inscrit dans une agence intérim sur place, on me propose des missions d’agent d’entretien et laveur de carreaux que j’accepte volontiers.

Une cabine avait été conçue pour Eden à Marans. Estimant que ce n’était pas assez pratique pour le futur et certainement trop petit, l’idée de réaménager l’avant du bateau grandit.

Les fêtes de fin d’année sont passées, nous commençons les travaux qui dureront un mois et demi. Nous logeons tout ce temps dans le carré transformé en « studio », le lit servant de canapé, de table de salon, à manger, à langer! De plus, famille et amis nous rendent visite, tout le monde s’adapte à la promiscuité du lieu…

Nous sommes très contents du résultat. Nous avons notre cabine dans la pointe avant, Eden a un joli parc à jouer avec plein de couleur, et une bannette tout aussi agréable.

Nous sommes bien installés, il est temps de s’occuper du pont. J’ai retrouvé dans une caisse de matériel un système d’emmagasineur pour enrouler le foc. Jean Yves, l’ancien propriétaire m’avait montré cette pièce de bronze en me disant :

« J’ai trouvé ça, c’est joli mais je ne vois pas à quoi ça peut servir »

Je n’y avais pas forcement prêté attention sur le coup mais en repensant aux navigations passées, je me dis que ça va être grandement utile!

Nous changeons aussi le radeau de survie et profitons de la visite de Gilles et Dominique, les parents à Linda pour faire la démonstration de notre Bombard périmé. C’est aussi instructif pour nous que pour eux. Les voilà rassurés !

Quelques cordages sont remplacés. Nous nous procurons aussi une nouvelle annexe équipée d’un moteur électrique estimant que notre canoé n’est pas assez sécuritaire pour notre enfant.

L’hiver est bien froid. L’eau du port gèle au point que le fait de bouger dans le bateau fait craquer la glace. Les robinets des pontons sont fermés alors les allers et retours avec les bidons d’eau font maintenant partie du quotidien. Nous avons passé l’hiver à nous poser une question : « Où allons-nous ensuite ? »

L’Angleterre est choisi pour notre future destination en passant par les Iles Anglo-Normande, nous en parlons autour de nous et écoutons un peu « radio ponton ».

Nous rencontrons justement un équipage qui projette de partir vers Jersey. Après plusieurs échanges avec eux, ils nous conseillent sur cette navigation. Ils ont l’air de bien connaitre ce secteur, et leur accordons une réel confiance quant au choix de la date de départ et l’étude de la météo…Regrettable erreur !

La sortie du port s’est bien passée. Linda est à la barre, je suis sur le pont à m’occuper des aussières. La manœuvre se fait avec finesse mais aussi avec beaucoup d’angoisse. Ce n’est pas facile, c’est une première pour les filles. Eden, 6 mois, toujours pleine de sourires, est installée dans son siège « bateau ».

C’est aux abords du barrage que le bateau faisant route avec nous passe devant, nous avons convenu de passer la nuit au port de Saint Malo et repartir au matin.

Linda maitrise l’écluse de La Rance avec autant d’aisance que la sortie du port.

Le départ se fait à 8h30. Après un petit déjeuner copieux, nous voilà partis. Direction Jersey en passant par l’Ouest Des Minquiets.

Le vent est faible, les 45 mètres carré de la grand-voile, les 16 de la trinquette, et les 20 du foc sont envoyés. Le nouveau système d’emmagasineur a l’air de bien fonctionné. Il est tout de même préférable de s’aider du moteur pour rejoindre Saint Hélier aux bonnes heures de marée. Après quelques heures de navigation, l’équipage de l’autre bateau nous informe que le temps se dégrade en fin d’après midi alors il ne faut pas trainer…

Nous continuons notre route. Le fait de descendre à tour de rôle s’occuper d’Eden nous joue un tour. Linda ouvre le bal en vomissant dans le sceau se trouvant dans le cockpit, elle reste donc à la barre. C’est moi qui donne le goûter à Eden et la change. Ce n’est pas simple, les mouvements du bateau n’aident en rien. Nous ne voyons plus notre bateau « guide », sans doute déjà au port. Eden n’est pas au mieux de sa forme et fini par s’endormir. Je reste avec Linda dans le cockpit, nous ne parlons pas. Soudain, une énorme fumée blanche s’échappe de l’arrière du bateau, je descends vite couper le moteur.

Nous sommes sur la fin du parcours mais pas encore rendus! Le temps se durci. Réduire la toile s’impose. La manœuvre est difficile, si bien qu’elle se fait à quatre pattes pour atteindre le mât, du coup, les prises de ris ne sont qu’à moitié mises, la grand voile, mal établie, ressemble à un sac, je n’y arrive pas tellement le bateau roule à cause des vagues de côté… Tous ces efforts m’ont mené à une issu évidente : A mon tour d’être malade, je reste brassé pendant un moment.

Nous approchons de l’île. Nous ne prenons pas le risque de redémarrer le moteur, le vent maintenant est vraiment fort et le mal de mer nous fatigue. C’est un calvaire ! Nous nous rendons sous voile devant le chenal comme nous le pouvons. Un remorquage s’impose pour y rentrer. Après avoir pris attache avec les Coast Guard, la manœuvre se met en place difficilement.

Ces derniers nous ramènent enfin dans l’avant-port et nous aident à l’accostage au ponton d’attente. Nous avons juste le temps de les remercier, que le remorqueur repart. L’autre équipage, arrivé depuis un moment, engage un genre de débriefing sur la navigation, mais nous n’avons pas le cœur à débattre sur le sujet avec eux. Nous nous demandons même si la mer est faite pour nous. Une chose est sûre, les évènements de la journée nous aurons appris un point important :

Etudier la météo par soi-même.

Il est 20h, le 14 mai 2012, la situation aurai pu être pire…profitons maintenant de cette île !

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Chapitre II, 2ème partie

Jersey

Sur le port, je trouve de quoi faire une vidange moteur et un redémarrage. Le refroidissement aussi avait un problème qui est maintenant résolu.

Les promenades sont aussi agréables les unes que les autres. Le Sud de l’île est tout de même un peu trop chargé de béton à notre goût. Le contraste avec cet hiver en Bretagne, nous rend nostalgiques! Fini les balades en forêt à deux pas du port, le chant des oiseaux du matin… place aux balades dans les rues piétonnes et aux sirènes hurlantes des secours! Ça change!

On repart!

Nous décidons de repartir faire une petite navigation. Direction la plage de Saint Aubin, y dormir sur notre ancre, puis revenir, histoire ne pas rester sur le goût amer de notre dernière sortie.

Nous quittons le port, le temps est avec nous ainsi que le courant. Nous contournons le fort Elizabeth et rentrons dans la baie de Saint Aubin. Nous mouillons à Belcroute bay, le coin est très agréable.

La nuit se passe. Le vent nous fait pas mal bougé mais bon, globalement, c’est bien.

Nous repartons en fin de matinée, la mer est belle, ciel bleu, peu de vent, un seul bémol, notre petit mouss’ qui depuis le début de l’aventure est adorable, nous sollicite de tel sorte que les manœuvres s’en font ressentir. Le retour au port et les manœuvres s’opèrent correctement…bien qu’une question trotte dans nos têtes …est-ce vraiment raisonnable de repartir sous quelques jours ?

Nous décidons, après notre retour dans la marina de remettre à plus tard le voyage vers l’Angleterre.

Suite à ce changement de plan, il faut lier l’utile à l’agréable ! Les circuits de promenades se font en fonction des hôtels et restaurants afin de pouvoir y déposer des CV. Peut-être trouverons-nous un travail dans le coin. Les jours de mauvais temps sont dédiés aux visites de musée, une première pour Eden! Le musée de la marine en particulier est très intéressant avec des installations mécaniques qui nous permettent de se rendre mieux compte des effets du vent et des marées.

Nous réglons quelques points de détail avec le bureau du port pour pouvoir rester ici cet été. Cela nous permettra d’envisager de refaire des petites navigations.

Les modifications pensées sur le bateau peuvent être réalisées !

On remplace les prises de ris, un pilote auto à l’ancienne est conçu avec du cordage et du sandow, des filets de filières et pour notre petit mouss’, un siège à tablette fixé dans le cockpit. Logiquement toutes ces petites choses devraient nous facilité la vie.

Notre recherche de travail ne porte pas ses fruits, c’est bien dommage pour la caisse du bord… Ce n’est pas grave, nous continuons à enchaîner les promenades mais le choix des destinations sur l’île réduit de jour en jour alors pourquoi ne pas penser à repartir?

Une place en bout de ponton se libère et c’est ici que nous installons La Désirade, pour la fin de notre séjour. La manœuvre sera d’autant plus facile, prêt à partir, dans le sens de la marche.

En effet, nous envisageons de partir juste après le rendez-vous d’Eden chez le pédiatre de Saint Malo. Nous nous y rendrons le 27 juillet 2012 en ferry pour la journée.

Eden n’a pas de pièce d’identité, c’est pourquoi nous sommes ici, dans le hall de la gare maritime. Le douanier revient avec le livret de famille :

– Tout est calé, nous ne le faisons pas d’habitude mais là, comme vous faite l’aller-retour sur la journée, c’est bon! Je transmets les informations à mes collègues en France, ne vous inquiétez pas.

– Merci Monsieur l’Agent.

Nous voilà rassuré, l’idée de ne pas pouvoir faire l’aller-retour nous inquiétait. Un détail, certes mais qui aurai pu être réglé plus tôt que trois jours avant le départ.

En attendant, nous préparons le bateau, étudions la météo. Notre route passera par Guernesey, Alderney et Cherbourg, où nous ferons une halte de quelques semaines pour régler des affaires administratives ainsi qu’un passeport pour Eden et Linda. Un petit boulot aussi sera le bienvenu !

On ne nous demande rien à la douane, nous embarquons, le trajet se passe très bien. Nous faisons nos affaires à Saint Malo sur la journée et retournons à la gare maritime.

« Vos papiers s’il vous plait ! »

Linda tient Eden dans ses bras, je sors nos papiers d’identité et le livret de famille. L’agent des douanes nous invite à nous mettre sur le côté.

Nous lui expliquons la situation, il n’a pas l’air de comprendre.

  • Nous sommes venus à jersey avec notre propre bateau, nous sommes revenus à Saint Malo pour un rendez-vous, avec l’autorisation de la douane de Jersey. L’agent à qui nous avons eu à faire nous a indiqué qu’il allait vous en informer.
  • Attendez un moment.

Eden commence à pleurer, elle a faim. Linda lui donne à manger, le fonctionnaire revient :

  • Vous ne pouvez pas embarquer. Vous n’avez pas de pièce d’identité pour l’enfant.

Le ferry appareille dans peu de temps, nous sommes un peu fatigué, nous n’avions emmené que le stricte minimum pour la journée…une voix de femme se fait entendre :

  • C’est bon, vous pouvez y allez, je les ai appelé, c’est bon mais faites au plus vite les papiers pour ne pas vous retrouver dans la même situation. Bon voyage!

On ne traine pas, et s’installons dans le salon du bateau.

La mer est un peu formée par rapport à ce matin et Eden ne met pas longtemps à être malade! Il y en a partout, les gens autour de nous s’en vont, avec une espèce de moue de dégout… Je peux les comprendre, ça a éclaboussé quelques passants! Mais bon, c’est encore un bébé! Ça m’a pris le reste de la traversé à nettoyer pendant que Linda s’occupait de la petite!

De retour sur la Désirade, nous terminons de préparer notre traversée vers Guernesey. Le vent n’est pas pour nous mais nous décidons tout de même de partir.

Moteur en marche, le départ sur une houle inconfortable rend Eden patraque. De plus, je n’ai pas bien retendu le foc avant notre départ ; ce qui ne nous aide pas pour les virements de bord et reste inefficace au plus près du vent. Je veux l’enrouler mais rien y fait, il tend à s’embobiner aussi sur l’étai de beauprés fixé de la tête de mât jusqu’en pointe du bout dehors. Nous sommes bout au vent, celui-ci forci, nous voyons de plus en plus d’écume formant des moutons sur l’eau.

Nous décidons de retourner à Saint Helier. Déçu des conditions et de notre incompétence.

Linda est à la barre, je suis au pied de mat, les genoux à plat pont en train de démêler les drisses pour pouvoir affaler les voiles correctement. L’écoute bâbord du foc vient me gifler à deux reprises. Je crie à Linda qui m’entend mal, qu’il faut reprendre un peu l’écoute.

Je me remets à démêler les bouts quand je me sens tiré en arrière. Absorbé par ce que je faisais, capuche capelé sur la tête, je ne me suis pas rendu compte que l’écoute qui me giflait précédemment a fait un tour mort autour de mon cou! Tout s’est passé très vite! Linda lâche la barre pour manœuvrer le winch, La Désirade change un peu de cap, Le vent se prend dans le foc, la voile tire d’un côté, alors que Linda, de toutes ses forces, est déjà en train de reprendre l’écoute. Je hurle : « Relâche ! Relâche ! » Elle s’exécute, reprend la barre et remet le bateau face au vent. Du mou dans le cordage me permet de m’en dégager.

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Chapitre II, 3ème partie.

Eberlué de ce qui vient de se passer, encore tremblant, les mouvements incessants nous brassent, fatigués, nous arrivons tout de même à affaler toutes les voiles et rentrons dans l’avant-port. Quelques embarcations sont sur le ponton, certaines, dans l’attente de partir, d’autre, de rentrer dans la marina. Il y a bien une place de libre mais un panneau avec l’inscription « réservé » nous interdit d’accoster ici. Nous choisissons donc une grosse vedette en acier pour se mettre à couple. Linda, toujours à la barre opère la manœuvre avec une grande finesse me laissant le temps de dire bonjour à la personne qui se trouve sur le pont. Je lui tends l’aussière avant bâbord alors que Linda maintient La Désirade sur place :

  • Non! Me dit-il.
  • Comment ça ?
  • Vous ne vous mettez pas à couple de mon bateau.
  • Pourquoi ça ?
  • Votre bateau est trop agressif.
  • Peut-être mais nous, nous ne le sommes pas.

Je me tourne vers Linda, étonné.

  • On a qu’à se mettre là, tant pis pour le panneau…

Nous avançons vers la place réservée. Une femme qui a vu la scène de son cockpit descend sur le ponton et me demande de lui envoyer l’aussière. J’anticipe et crie pour me faire entendre plus que le bruit du moteur : « arrière » pour que le bout-dehors ne vienne pas taper sur le bateau devant nous. La femme, me regarde et me dis :

  • Ce n’est pas la peine de mettre arrière, il va s’arrêter tout seul !

Je ne lui réponds pas et saute sur le ponton avec l’autre aussière que je capèle de suite au taquet. L’étrave s’écarte, la femme n’a toujours pas capelé l’amarre sur le bitard. Elle tire sur le cordage et commence à rougir. Je ne sais pas si c’est à cause de l’effort ou le fait de se rendre compte qu’elle avait dit une bêtise juste avant. Je lui prends l’amarre des mains, elle me dit :

  • Ah oui, il est bien lourd votre bateau !
  • Oui, c’est pour ça, quand je dis « arrière », faut mettre arrière. Merci pour votre aide.

L’agent du port arrive étonné de nous voir de retour sur leurs pontons. Il nous montre le panneau mais nous dit que nous ne dérangeons pas pour le moment, le navire attendu, n’arrivera que plus tard, nous aurons libéré la place d’ici là.

Nous avons le temps avant l’ouverture des portes et restons tous les trois dans le carré.

  • Laisse tomber Lili, on vend le bateau et on trouve une fermette, au moins, ça bouge pas !
  • On ne va pas le vendre comme ça Micka, et puis c’est notre bateau…

Nous nous posons tout de même pas mal de questions. Les seuls points positifs de cette nouvelle sortie sont les manœuvres de port emmenés par Linda. A chaque manœuvre, elle se débrouille de mieux en mieux.

Le moral retombe encore. Deux jours après notre sortie, une nouvelle fenêtre météo sans trop de vent ni trop de mer se présente. Nous décidons de nous préparer pour un autre départ. Je m’applique à retendre le foc sur l’emmagasineur qui nous avait fait défaut. Le winch fixé au mât sur lequel je tendais la drisse sans ménager mes efforts s’arrache d’un coup!

Nous sommes abattus, devons-nous changer le mât? Ceci est-il un avertissement? Devons-nous annuler notre voyage vers les Royaumes Unis? Sommes-nous à la hauteur? Beaucoup trop de questions en si peu de temps !

La première idée est de trouver un charpentier de marine. Sans trop de difficultés, avec l’aide du port, nous en contactons un. Il arrive, constate les dégâts, son optimisme nous rassure. Le lendemain, il se met à la tâche.

Nous cherchons avec Linda des solutions envisageables pour l’avenir. Il faut que nous tenions compte de certains points :

-nous avons tendance à être malade et Eden nous sollicite beaucoup en navigation.

-Trouver un port pour réviser le gréement complet, et caréner.

-Faire route vers un endroit qui nous laissera d’autres options de navigation et la possibilité de trouver un emploi.

Guernesey n’est pas loin mais pour les options futures reste limité ! Alors nous pensons retourner vers la Bretagne et tant pis pour le Royaume Uni.
Chapitre III, 1er partie

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De St Helier (Jersey) à Paimpol (22)
2ème semaine d’août 2012.
Nous sortons du port de St Helier pour nous mettre sur une bouée dans la baie. Au petit matin, nous partons pour Paimpol, à 40 milles d’ici environ.
Le temps est clément, la mer calme, et ça ne devrait pas changer dans la journée. Nous sommes maintenant sous voile, le vent est faible, de travers. Le moteur est éteint. Tout va bien, nous décidons de mettre une ligne à l’eau. Quelques minutes après, deux maquereaux y sont ferret! Nous savons quoi manger ce soir!
Comme rien n’est jamais parfait, le vent tourne et nous l’avons pile par l’arrière. Ce n’est pas dans cette configuration que nous sommes le plus à l’aise, les voiles sont moles, se gonflent, se dégonflent. Nous décidons de nous aider du moteur. Eden, tantôt dans son siège bateau, tantôt avec nous dans le cockpit, nous essayons de passer un maximum de temps avec elle. La navigation reste agréable malgré le bruit du moteur.
Nous arrivons en vue des premiers rochers et pics qui guettent l’entrée de la baie de Paimpol. Nous sommes surpris d’arriver aussi tôt…bien que le voyage ne soit pas encore terminé…il nous reste à rejoindre la zone de mouillage par le chenal étroit. Ça devrait bien se passer, nous sommes sur la marée montante, les risques sont donc limités mais ne connaissant pas le coin et ne voulant pas finir cette agréable navigation sur une galère, nous restons vigilants.
La mer est aussi calme que les environs ! Nous avançons devant Porz Even. Nous mouillons l’encre, C’est ici que nous passerons la nuit, l’endroit est abrité, à côté de nous se trouve l’ile Saint- Rion. Le barbecue est mis en route, les maquereaux pêchés au début du trajet sont de la fête !
Après une nuit plutôt calme, nous faisons l’approche vers les digues, le passage de l’écluse ne pose pas de problème. Nous sommes accueillis dans le port par un zodiac qui nous aide à nous placer.
A couple d’un autre voilier au fond du bassin, je démonte le bout-dehors et demande à la capitainerie s’il est possible de nous déplacer sur le ponton visiteur. Ceci ne pose aucun problème et nous bénéficions d’une place en catway près des commodités, c’est plus pratique!
Paimpol est une jolie petite ville, nous voyons l’été se terminer. Les touristes s’en vont, beaucoup de bateaux sont à vendre, et les boutiques prennent leur temps pour ouvrir leurs portes…
Nous n’avons pas choisi Paimpol au hasard. Le Lycée professionnel maritime propose une formation de capitaine 200 UMS capacitaire. Depuis l’acquisition de La Désirade, je me surprends souvent à penser emmener des gens sur notre bateau mais vu les petites galères qui s’enchaînent, une formation dans ce domaine ne serait pas du luxe.
Après avoir rempli mon dossier d’inscription et remis à la direction, je suis convoqué quelques jours après pour un entretien, je leur fais part de mon projet qu’ils valident en m’expliquant toute fois qu’il sera nécessaire plus tard de compléter cette formation avec le module « voile », le module « capacitaire » étant accès sur la pêche.
Nous nous inscrivons à une brocante en ville pour renouveler la garde-robe à Eden. C’est une belle journée. Les gens viennent à notre stand, nous achètent des vêtements. Un couple de vacancier bordelais arrive. Après quelques échanges, ils nous donnent leurs coordonnés à Bordeaux, des fois qu’on s’y arrêterait avec la Désirade. Leur invitation nous touche.
Nous rencontrons aussi Claude et Annie, voisin de ponton à la retraite originaire de Lille. Ils sont très sympathiques et ne manquons pas l’occasion de boire un apéro ensemble…même s’il pleut. Au vu des épissures sur les cordages de la Désirade, Claude me demande de lui montrer comment en faire sur les aussières de son voilier et c’est avec plaisir que nous passons une après-midi à s’exercer au matelotage. Au fur et à mesure de nos échanges, ils nous invitent à aller faire une petit tour en mer. Linda n’est pas plus tentée que ça par l’idée mais pour ma part, c’est avec joie que j’accepte l’invitation. C’est la première fois que je monte sur un autre voilier depuis l’achat du notre.
« C’est un fifty ! Me dit Claude avec un grand sourire, c’est fifty emmerde à la voile et fifty emmerde au moteur !
Je rigole. J’ai hâte de voir ce que ça donne sur l’eau! Le temps est encore beau en ce début de septembre, je me muni d’une ligne de traîne et monte à bord où Claude et Annie sont prêts à partir. Leur bateau est léger comparé à la Désirade, les manœuvres sont tranquilles. Notre petit rond dans l’eau s’achève au bout d’une heure et demi environ dans l’idée de ne pas être bloqué devant l’écluse. La pêche, malheureusement n’a rien donné. La sortie a été très agréable.
J’ai encore à faire pour modifier le bout-dehors, la meuleuse est sortie, les protections sont installées, j’ai même, à la demande de Linda, mis des lunettes de travail. Je compte couper le balcon de la delphiniaire pour ne garder que l’espar. Tout va bien jusqu’au moment où je prends un copot d’acier dans l’œil, je retire ces maudit lunette où l’on ne voit rien au travers, enlève mes gants et part me rincer les yeux. Le boulot est terminé, je range tout, mais une gêne légère, persiste.
Toujours en quête de promenades agréables, c’est sur le front de mer que nous commençons nos excursions.
Nous profitons d’une belle journée pour retourner mouiller l’ancre devant l’ile Saint Rion. Le nouveau bout-dehors est un peu lourd à installer, il faudra penser à un autre système. Nous nous rendons rapidement sur le point. La mer est lisse, Linda joue avec Eden pendant que je pêche, le lancer d’un côté, une ligne dans le courant de l’autre. En installant cette dernière, j’entends un bruit à l’arrière :

Linda !

Oui ?

Il est où mon lancer ?

Je ne sais pas, tu l’as mis où ?

Ben… à poste, ici, tu n’y as pas touché ?

Non, tu l’avais arrimé ?

Non.

J’ai du mal à le croire, ça a mordu et mon matériel est tombé à l’eau ! À ce propos, si quelqu’un lit ces lignes et pêche du coté de Paimpol un poisson… de bonne taille je pense, avec un leurre dans la gueule traînant un lancer derrière lui; faites le nous savoir ! ;-).

2eme partie du chapitre III

 

Le lendemain, notre retour au port annonce une bonne nouvelle! J’ai été admis à la formation qui débute mi-septembre. Nous passerons donc l’hiver ici, à deux pas du lycée.

Un voilier dont la coque est peinte en violet s’installe en face de nous sur le ponton. Je croise le skipper, nous échangeons un « bonjour » puis repartons chacun à nos affaires.

Direction les urgences! La nuit a été terrible! Impossible de dormir, c’est insupportable! Le copot d’acier que j’ai pris dans l’œil  me fait un mal de chien! Je passe tout de suite en consultation en arrivant là-bas. Le médecin m’explique qu’il n’est pas possible pour eux de faire quoi que ce soit tant le bout d’acier est incrusté. Ils m’envoient vers l’ophtalmologue le plus proche. C’est à deux pas de l’hôpital, je mis rend de suite.

« Dépêchez-vous, j’ai d’autre patients ! » me dit cette femme en blouse blanche d’un ton sec. Installé dans le siège affublé d’une loupe énorme, d’un spot aussi puissant qu’une lanterne de phare, elle me demande :

– C’est arrivé quand ?

– Il y a quelques jours.

– Et vous ne venez que maintenant ? C’est immédiatement qu’il faut venir quand il vous arrive ce genre de choses!

– Je ne savais pas…

-Et bien je vous le dis! L’acier a rouillé dans votre œil, je ne peux qu’en retirer une partie, plusieurs visites seront nécessaire pour retirer la totalité.

Après la pose d’un pansement, je ne vois pas grand-chose. C’est mon œil directeur, le gauche qui est touché et le retour vers le port s’en ressent. La gamelle que je me prends sur le trottoir m’indique qu’il faut que je fasse attention à tout ce qui m’entoure. On ne se rend pas assez compte de la chance que l’on a d’avoir nos deux yeux… d’autant plus que demain, c’est la rentrée des classes !

Un programme bien chargé m’attend. Présentation de tout le monde, sécurité en mer, pilotage, calcul de marée, problèmes de carte, mécanique et tout un tas de choses qui, rien que de les présenter nous font arriver à l’heure du déjeuner.

Je les entends bien tous : « on mange au self ? », « on mange en ville ? »…pour ma part, je rentre à bord retrouver ma petite famille. Un plat en sauce concocté par Linda, une ribambelle de sourires de la part d’Eden !

Je ne traîne pas « bisous les filles ! ». De retour à l’école, je m’approche et engage la conversation :

  • Alors vous avez mangé où du coup ?
  • En ville, avec ceux-là.

Je n’avais pas fait attention mais celui qui me répond, c’est le gars du bateau violet.

  • Micka, j’habite en face de ton bateau.
  • Pascal, je t’avais reconnu.

Nous commençons à discuter mais c’est l’heure et comme de bons élèves, nous rentrons dans la salle de classe.

Les cours, plutôt intéressants s’enchainent. Je rentre au port accompagné de ce baroudeur, grand, sec, d’une quarantaine d’année bien tassées. Il me raconte un peu ses navigation comme son tour d’Atlantique en solitaire sur son Ecume de mer, ou encore le Spitz Berg par la Norvège sur un autre voilier de 18 mètres. Je suis plutôt impressionné. A mon tour je lui raconte que nous vivons à bord, explique le peu de navigations accomplis, il a l’air plus amusé qu’autre chose.

Je me rendrai compte plus tard, qu’après avoir reçu une vanne d’un des pêcheurs de notre groupe, Pascal tient tête à ce dernier en lui disant : «Parles lui pas comme ça, ce gars-là s’est galéré dix jours sur son canot à remonter à la voile en Bretagne !» en octobre

Je suis étonné de sa réaction, c’est la première personne qui a l’air de me prendre au sérieux depuis que nous avons le bateau.

Il est tout seul sur son bateau et nous apprécions de l’avoir à dîner. Nos discutions tournent autour de voiliers, de voyages, d’endroits fabuleux, bien sûr, mais aussi d’histoire de marins et de tempêtes. Après quelques apéros, il pousse la chansonnette et Eden au lit depuis un moment tire sur le rideau séparent sa cabine du carré pour ne rien manquer du spectacle. Il nous apprend tout un tas de chose.

A l’école, il me présente Damien, arrivant tout droit du Conquet. Celui-ci a pour projet de reprendre un bateau de pêche. Il aime le rhum tout comme Pascal et moi et nous ne tardons pas à se retrouver tous les trois à boire des bolées dans le carré sous l’œil amusé de Linda. Les histoires, les projets fusent mais aussi les chants marin, accompagnés de la guitare que Damien emmène partout. C’est la fête !

Octobre, Pascal propose au Conquétois et moi de se faire une sortie vers Guernesey. La météo est favorable pour faire un aller-retour ce week-end. Nous partons directement après les cours, Pascal gère son voilier avec une aisance déconcertante… à mes yeux ; la grand-voile est envoyée en un rien de temps, la voile d’avant est déroulée, c’est parti ! Le bateau file, une ligne de traîne, très différente de la mienne est mise à l’eau mais je n’en profite pas longtemps. Le mal de mer me gagne encore une fois et Pascal m’indique la couchette arrière. Je m’y glisse et reste là.

« Tiens, il faut que tu manges et bois un peu, ça te fera du bien » j’apprécie sa bienveillance.

Je les entends discuter dehors mais ne prends pas part aux conversations et m’endort. Damien va dans la bannette avant au bout d’un moment.

« Ah merde!» la voix vient de dehors, je sors d’un bond mais tout va bien. Pascal est au pied de mat :

  • Ça va, t’inquiète.
  • Ok, je retourne en bas.

A l’approche du port de Saint Peter, tout le monde est dans le cockpit. Nous nous annonçons à l’entrée du port et trouvons une place. Les formalités douanières sont un peu lourdes mais bon. Il est tard, Pascal part se reposer alors que Damien et moi ayant dormis une bonne partie de la journée partons faire un tour. Le samedi, c’est pubs, promenades et parties de pêche sur la digue. Nous passons devant une pharmacie, j’en profite pour m’acheter des médicaments contre le mal de mer. Ces derniers sont efficaces, nous en avions trouvé à Jersey avec Linda.

Le retour vers Paimpol est épique, Le vent donne très bien, nous sommes au portant, la mer est un peu formée. J’ai gobé deux comprimés. Ça me ramolli un peu mais je ne vomis pas. J’anticipe, et deux heures après la première prise, j’en reprends deux… je deviens très cool…j’ai la sensation qu’il ne peut rien m’arriver…toujours dans la bannette, les gars me parlent, je leur souris, je suis bien…je me rendors.

  • Micka ? Micka ?
  • Oui ?
  • On a lu la posologie de ton médoc, la dose que tu as pris c’est pour les chevaux!!
  • On est bientôt arrivé ?
  • Oui, est ce que ça va ?
  • Oui, c’est bon.

Après cet incident, je reste dehors, Damien tente de pêcher mais rien. Le retour au port se passe sans encombre.

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3eme partie du chapitre III

 

L’hiver pointe son nez, nous avons pris nos marques. Les jours passent, c’est déjà la fin de l’année. De nombreux stages et examens sont passés avec succès. Paimpol me fait penser à La Rochelle avec ses terrasses bondées au moindre rayon de soleil même si les températures sont en baisses.

Nous passons le 1er de l’an chez Pascal et Valérie. Ils nous ont invités chez eux, à Saint Brieuc.

Fin janvier, une autre escapade! Damien récupère l’ancien bateau à Pascal, c’est un Daïmio. Il est à Dahouët et l’idée est de le ramener à Paimpol. Le trajet se fait sur la journée mais pas la meilleure. Nous sommes tous les trois sur le port. Le vent est tel, que Pascal hésite à y aller. On y va quand même… toujours dans la recherche d’aller mieux sur l’eau, je me suis procuré des lunettes anti mal de mer. Le voilier gite énormément, Pascal , commençant à me connaitre un peu,  me dis :

  • ça va Micka ? parce que là tu passes du vert, au blanc, au jaune comme si tu clignotais lentement ! Enlèves tes lunettes, peut-être que tu vas pouvoir vomir! Dit-il en riant.

C’est ce que je fais mais n’y arrive pas. Je tiens la barre, la concentration a un côté positif pour ça. Le conquétois est avec moi dans le cockpit et Pascal en bas s’occupant à faire des tartines de pâté. La météo n’est pas facile et les rafales impressionnantes. Le bateau part d’un coup, il prend une gite terrible, les winchs sont dans l’eau, Damien passe de mon bord, le bateau ralentit et se redresse. Pascal rigole à la vue de nos têtes apeuré et dit :

  • c’est bon les gars, on ne se serait pas retourné de toute façon!

Nous nous rapprochons des falaises qui nous protègent et rendent la navigation un peu plus acceptable.

Arrivé au port, le Daïmio est installé à côté de la Désirade.

J’apprends beaucoup de choses à l’école et encore plus en compagnie de Pascal. Il a pour projet de retourner au Spitz Berg cet été, ça nous fait rêver mais nous avons encore beaucoup à apprendre. Toutes les informations que j’amasses, je les partage avec Linda.

Il est toujours bon de mettre la théorie en pratique et je ne laisse pas une occasion passer. Un week-end où Damien reste au port, il me propose d’aller faire un petit tour dans la baie. Notre départ se passe bien, nous nous éloignons du port au portant. Le bateau marche bien mais nous décidons de faire demi-tour pour rentrer avant la fermeture de l’écluse. Le vent est monté et l’allure au près serrer devient compliqué. Nous n’arrivons pas à remonter dans le vent. Je lui propose de mettre en route le moteur, car nous nous rapprochons des rochers.

Après quelques tours de ficelle sur le 9.9, il démarre et nous nous dégageons in extrémiste des cailloux qui sont maintenant très proches. Mais comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seul, c’est maintenant l’essence qui nous fait défaut. Damien n’avait pas réellement préparé cette navigation spontanée et n’a pas pensé à remplir la nourrice. Nous coupons le moteur et approchons le plus possible de l’avant-port sous voile à tirer de petits bords économisant ainsi le peu de carburant qu’il nous reste pour les manœuvres.

Enfin accosté le long de la digue, il est trop tard pour le passage de l’écluse. Le voilier doit rester ici le temps de la marée. Une cravate sur le mat, les aussières réglées, je laisse Damien pour rejoindre Linda et Eden.

Nous retournons le voir avec un sandwich et à boire. Le tableau est plutôt amusant. L’avant-port est sec, rien qu’un petit cours d’eau dans le milieu, le Daïmio posé sur sa quille, un seau suspendu à un bout arrimé à l’arrière attend que l’eau remonte apparemment.

On l’appelle, il sort dans le cockpit. Il a l’air tout aussi amusé que nous de la situation. Nous lui donnons ce que nous avons ramené, il est ravi. L’ouverture du port ne se fera que plus tard et je lui assure que je serai de retour pour la manœuvre.

La fin de la formation approche et la question revient : que faisons-nous après ?

Je consulte plusieurs fois les offres d’emploi proposé sur des sites spécialisés  mais, pour la plupart des postes il est nécessaire que mon diplôme soit validé par douze mois de navigation.

La réponse est sur le bateau d’à côté. Damien, de retour du Conquet m’informe qu’il y a une place à prendre au port de l’Aber Wrach’ en tant qu’agent d’accueil portuaire. Je ne perds pas de temps pour postuler.

Pascal me propose une nouvelle aventure, celle-ci nous emmènera vers le Légué, port d’attache de son Ecume de mer.

Je ne suis pas malade ce coup-là … enfin juste un peu, mais j’arrive à profiter de cette agréable navigation. Son téléphone  sonne alors qu’il m’énumère le nom de chaque roche qui jalonne sa baie.

C’est Linda, le port de l’Aber Wrach’ a appelé, il faut que je les rappelle pour convenir d’un rendez-vous.

Pascal me prête son téléphone, enthousiaste à l’idée que je décroche un travail dans le milieu maritime.

Nous en discutons, il m’apprend que c’est un port où beaucoup de bateaux de voyage passent, arrivant du nord ou revenant des Açores. L’idée me plaît.

Nous nous sommes offert une voiture d’occasion il y a quelques temps et l’utilisons pour rejoindre le Finistère nord.

Mon curriculum vitae correspond au poste, une place de port est négociée pour notre voilier, reste à faire les quatre-vingt milles qui nous séparent de cette nouvelle destination.

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Chapitre 4

De Paimpol à l’Aber Wrach’

 

Le vent souffle d’est, pas trop fort et le bateau marche bien. Nous nous sommes donné rendez-vous à l’Aber Wrach’ avec Linda et Eden qui passent par la route avec l’auto. Une nuit à l’hôtel pour elles, une nuit en mer pour nous ! Pascal est à la barre, il a l’air content, nous sommes toutes voiles dehors, la vitesse de La Désirade oscille aux alentours des 5,5 nœuds, la nuit approche, le mal de mer l’accompagne… ça ne passera donc jamais ? Mon compagnons de route facilite mes quarts, je l’en remercie et essai de me reposer. Durant la navigation, il me donne tout plein d’astuces pour faciliter la marche de mon bateau, ses conseils avisés sont d’une grande efficacité, et  nous amènent devant le Libentaire, la balise d’approche qui désigne l’entrée du chenal du port de l’Aber Wrach’, en passant par le petit pot de beurre. Nous arrivons peu de temps après à destination. Le port est caché par un énorme bateau de douane au mouillage, nous le contournons. Linda, déjà sur le ponton, nous désigne l’emplacement et nous aide à accoster. Eden fait la sieste dans sa poussette. Nous l’installons dans sa bannette sans la réveiller.

Pascal fatigué, s’installe dans la cabine de quart. Linda et moi, nous nous installons dans le cockpit et je commence à lui raconter cette navigation riche de conseils et d’expériences quand une équipe de sept ou huit agents des Douanes arrive sur le ponton :

  • Bonjour, contrôle de douane. Nous dit un des hommes.
  • Bonjour.

Deux d’entre eux montent à bord. Pascal sort de la bannette.

  • Vous êtes arrivés quand ?
  • Une question à laquelle ils connaissent déjà la réponse.
  • Il y a vingt minutes environ.
  • On peut rentrer à l’intérieur ? demande le second
  • Oui mais vous ne faites aucun bruit s’il vous plait, notre petite dort. Lui répondis-je poliment
  • Ok.

L’autre qui avait l’air d’être le chef, lui dit :

  • Non, on ne rentre pas, on vérifie les identités, les papiers du bateau et on s’en va.
  • On rentre sans faire de bruit ? insiste le jeune mais à la vue du regard froid de son supérieur, il se résigne et se tais.

Linda rassemble les papiers et les donne à l’autorité.

  • Vous arrivez d’où ?
  • De Paimpol.
  • Et avant ça ?
  • Ben … Jersey…je ne vois pas où il veut en venir.
  • Oui, mais avant ça ?
  • Ben… St Malo. Je vois bien que j’agace mon interlocuteur mais je ne vais pas lui raconter tout notre périple.
  • Bon d’accord, mais vous habitez où ?
  • Sur le bateau, il est immatriculé à La Rochelle. (C’est écrit sur les papiers mais bon…)
  • Vous restez combien de temps ici ? enchaîne-t-il.
  • Six mois.
  • Quel genre de personne peut rester les six mois d’été au port de l’Aber Wrach’ ?
  • Le genre de personne qui va travailler ici pour la saison…J’ai un emploi en tant qu’agent d’accueil portuaire, je commence le vingt-trois mars et ce pendant six mois.
  • Ah d’accord, c’est plus clair, vous allez travailler ici ?
  • Oui.
  • Alors c’est différent, on vous laisse un numéro de téléphone, et quand un bateau… atypique arrive, vous nous appelez, ainsi nous pourront d’avantage cibler nos contrôles.

Je suis surpris par la démarche du fonctionnaire… quand il dit atypique, que veut-il dire…comme notre bateau ? J’ai hâte qu’il parte maintenant.

Les formalités effectuées tous repartent sur leur gros Zodiac en direction de la grosse unité au mouillage.

Plus tard, j’explique a mes futurs collègues mon échange avec les Douaniers, ils ne sont pas étonnés et me répondent qu’ils s’y prennent de cette façon avec les nouveaux arrivants dans l’équipe !

Pascal et moi sommes très satisfaits de notre périple, l’accueil aurait pu être différent. Je lui souhaite bonne chance pour son voyage dans le nord.

Nous avons un nouvel endroit à découvrir, Je prends mes fonctions d’ici quelques jours alors ne perdons pas de temps à partir en excursions.

 

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Chapitre IV partie 2

L’Aber est surprenant, toujours changeant par les marées et le temps qu’il y fait. J’ai intégré l’équipe, le travail consiste à accueillir les bateaux à l’entrée du port, les orienter vers une place et leur facturer le nombre de nuits passées, mais pour l’heure, le peu d’affluence m’amène plutôt à être employé à la zone technique. Sortie et remise à l’eau des différents canots et entretiens des infrastructures comblent mes journées.

Une aubaine le jour où l’on m’envoie nettoyer le local à déchets, les plaisanciers comme les pêcheurs y déposent tout et n’importe quoi. Mais ce jour-là, un usagé du port, les bras chargé d’une baume d’artimon et de tout un tas de poulies traversées par des bouts usés et verdis, me demande où il peut déposer tout ça.

  • Ici, ce sera bon. Mais vous jetez la totalité ?
  • Oui, c’est tout pourri, c’est plein de sel !
  • Ah, ok ! bonne journée !

Et le gars s’en va. Je jette une œil aux poulies, c’est vrai qu’elles ne sont pas de première jeunesse mais bon, je démonte tout et les met dans un seau de vingt litres qui est un peu juste pour transporter ce butin. Ma journée terminée, je retourne à bord avec mon seau de poulies et raconte à Linda ma trouvaille. Je les mets à bouillir dans de l’eau et ce n’est qu’une fois séchées que je m’aperçois qu’elles fonctionnent rudement bien. Ça faisait un moment déjà que j’imaginais faire de notre bout dehors un système relevable et ce nouveau matériel va y contribuer. Je modifie aussi le pied de mât, avec l’avant du balcon de la delphiniaire mis de côté, ainsi, les winchs sont fixés dessus et non plus sur le bois.

Je rencontre bien des gens, tous aussi différents les uns des les autres. Des plus sympathiques aux plus désagréables.

« Toc, toc, toc. »…, je sors la tête du panneau :

  • Oui, c’est pourquoi ?
  • Oh, bonjour, on regardait si c’était du bois ou de l’acier.
  • C’est de l’acier et c’est aussi l’heure de la sieste de ma petite.
  • A oui, c’est du solide ! dit la personne en renouvelant le toc, toc, toc.
  • Oui, mais arrêtez de toquer sur l’étrave, s’il vous plait.

C’était déjà arrivé auparavant que des curieux toc sur le bateau pour « sonder l’épaisseur de la coque »… mais il se trouve qu’ici c’est bien deux à trois fois par semaine et ce à toute heure de la journée ou tard dans la soirée… nous trouvons une solution à cette gêne, un panneau inscrit « ce bateau est en acier, ne toquez pas sur la coque » et ça marche… pas ! Les gens s’arrêtent maintenant devant notre bateau, lisent l’écriteau à voix haute et débattent sur le sujet devant l’étrave en se demandant ce qui se passerait s’ils essayaient. Certains l’on vu ! Un soir, 23h30, le sommeil léger mais sommeil quand même, panneau de pont ouvert, nous sommes réveillés part des voix devant le nez du bateau… et le fameux toc, toc, toc réveillant aussi Eden. Linda en a plus qu’assez, elle sort comme une furie sur le pont, vêtue simplement d’un T-shirt et d’une culotte :

  • C’est pour quoi ? vous ne savait pas lire ?
  • Euh…C’était pour voir ce qui se passerait si on toquait… répond un des quatre sexagénaires.
  • Vous vous foutez de moi, vous avez vu l’heure qu’il est ?
  • Pourquoi vous nous agressez comme ça ? rétorque une des femmes
  • Vous êtes culotés, vous nous déranger, je suis en sous-vêtements dehors, vous vous rendez compte ? passez votre chemin et laissez-nous tranquille maintenant !
  • Oh la la, pas la peine de le prendre comme ça. disent il en partant.

Le lendemain suite à cet incident, je retire l’écriteau. A 22h00, nous sommes tous les trois couchés, et c’est un martèlement long et insistant sur l’étrave qui me fait sortir à mon tour sur le pont et demande aux deux adolescents qui se trouvent sur le ponton devant notre bateau :

  • Qu’est-ce que vous faites là ?
  • Ben… ces derniers jours, il y avait écrit qu’on ne pouvait pas taper dessus, là, y a plus le panneau, on s’est dit qu’on avait le droit…
  • Vous êtes débile ? ils sont où vos parents ?
  • On fait parti du centre aéré.
  • Alors retournez y et laissez-nous tranquille !

Les deux complices détalent sans demander leur reste.

Nous savons bien que les gens voient notre réaction démesurée, mais cette situation est tellement répétée…

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Chapitre IV, partie 3

L’Aber Wrach’

Mise à part ça, tout va bien. Le printemps passe vite et mon chef me demande si j’ai un copain qui cherche du travail. Je pense à Pascal, son voyage pour la Norvège est annulé et il décroche un contrat pour juillet, aout et septembre.

 

Pavama, son écume de mer, longe le port pour s’enfoncer un peu plus dans l’aber. Il y trouve une place au mouillage qu’il conservera tout l’été.

Et c’est reparti, comme à Paimpol ! Il passe pas mal de temps avec nous. On rigole bien !

La visite d’un copain à lui nous fait larguer les amarres de la Désirade. Nous partons faire un petit tour, et profitons d’envoyer une grande trinquette achetée récemment d’occasion. Les essais concluants, nous retournons au port. Pascal, toujours en quête de nouvelles idées, propose de faire un accostage à la voile sur une bouée de corps mort. Pourquoi pas… et nous réussissons… après cinq tentatives.

Famille et amis nous rendent visite et le temps passé avec eux nous fait vite arriver au mois d’août, et ça se ressent. Les usagers du port sont de plus en plus exigeants :

  • Port de l’aber Wrach, nous sommes en approche, nous nous arrêtons chez vous 2 nuits, nous voulons une place en catway accostage bâbord, face au vent.

C’est le genre d’annonce radio que j’entends le plus souvent ce mois-ci.

Une autre sortie, c’est sur Pavama que nous la faisons, juste Pascal et moi. Dans le chenal, il lui prend l’envie de boire un verre de rhum, n’ayant que du sirop d’orgeat pour l’accompagner, nous testons ce nouveau cocktail…impressionnant, c’est délicieux !

  • On ne démarre pas le moteur. Me dit Pascal
  • Ok, on verra bien.

Le retour au port ne se fait qu’à la voile jusqu’au ponton sous les yeux hagards de nos collègues.

Début septembre, Linda et moi décidons de mettre notre voilier sur une bouée de mouillage, devant le port. Une très bonne idée, ce nouveau contexte a des airs de vacances. Les poissons en chasse le soir nous régalent, autant à pécher qu’à manger. Je pars travailler en canoë, je débarque les filles quand elles veulent aller se promener, c’est royal, de plus, personne ne toque sur notre bateau.

Nous nous posons une nouvelle fois la même question existentielle : où allons-nous après ?

Nous sommes à la pointe Bretagne, il nous serait possible de rejoindre le Finistère sud pour ensuite traverser le golfe de Gascogne mais nous serons un peu tard sur la saison dans le sens où je quitte mon poste début octobre. De plus, Linda n’envisage pas du tout une navigation de trois à quatre jours. Nous voulons voir quand même d’autres horizons. Il nous suffirait de laisser pour la première fois notre bateau quelque part et prendre des billets d’avion. Les DOM TOM…pourquoi pas… il nous faut choisir l’endroit, et y postuler pour un travail. Il y a bien des îles qui font rêver, mais nous souhaitons une destination où il est peu probable pour nous d’y arriver en voilier.

St Pierre et Miquelon, l’archipel au sud de Terre Neuve au Canada. Reste à postuler là-bas. Nous passons beaucoup de temps à surveiller les offres d’emploi qui sont essentiellement accès sur l’hôtellerie. Le milieu de la restauration ne me disant plus rien, c’est Linda qui envoie des curriculums vitae et seulement quelques jours plus tard, un premier contact se fait. Un restaurateur sur place lui propose un emploi à mi-temps. Linda lui explique qu’il n’y a qu’elle qui travaillera pendant que je m’occuperai de Eden et du foyer. Le monsieur, sensé, lui indique qu’il serait plus judicieux, dans ces condition, de trouver un poste à plein temps. Et les recherches continuent.

En parallèle, il faut aussi trouver un endroit ou laisser la Désirade en sécurité et c’est Pascal qui nous donne la réponse : Au port du Légué, bien sûr, à St Brieuc ! Notre ami pourra aller y jeter un œil quand il ira voir son voilier.

La saison se termine rapidement, je suis un petit peu déçu de ne pas avoir vu les voiliers partants ou revenants  de voyages extraordinaires comme je l’imaginais mais bon… il est temps pour nous de caréner La Désirade et de penser à notre prochaine destination. Linda et Eden partent au Mans, c’est le moment de mettre au sec. Je demande au bureau s’il est possible de sortir avec le roue lève.

Tout est calé, Pascal est là pour m’aider à caréner. Un seul bémol, les lignes de la coque ne correspondent pas à la remorque, du coup, c’est sur la cale que le travail se fera.

Nous attendons après la marée, l’eau descend et la mauvaise surprise arrive. L’acier est à nu, toutes les couches de produits et de peintures ne sont plus là. Comment faire ? Pascal aussi est étonné de ce qu’il voit, ce n’est pas croyable ! Le peu de parcelles où il reste un peu d’antifoulling laisse penser, à la vue de ces nombreuses petites bulles, que l’acide phosphorique, pourtant bien rincé a continué d’agir depuis le dernier carénage à Marans.

Soit je laisse comme ça et trouve un endroit où faire les travaux convenablement ou nous gratons ce que nous pouvons et recouvrons d’une ou deux couches d’antifoulling. Ne sachant pas encore dans quelle direction nous allons, la seconde solution parait le meilleur… ou plutôt la moins pire…

Nous nous mettons au travail en grattant le maximum avant que l’eau ne remonte, c’est toujours ça de pris. J’explique à Linda par téléphone la situation, elle est dépitée. De plus, les contacts avec St Pierre et Miquelon n’évoluent pas…

Chapitre 4

De l’Aber Wrach’ à St Brieuc.

  • On pourrait partir sur cette météo, de l’ouest par force sept ! me dit Pascal qui a décidé de nous accompagner.
  • T’es sûr, c’est chaud ? y aura Linda et Eden.
  • C’est bon, elles se caleront dans la bannette, ce serait intéressant de voir comment ton bateau réagit dans du temps un peu plus dur, non ?
  • Pourquoi pas, on va en discuter.

Je surveille la météo de près, il est vrai que ce serait bien d’essayer mais en même temps, ça peut vite virer au calvaire cette idée là… Remarque, Pascal commence à bien connaitre La Désirade… puis la navigation en Bretagne nord, il connait le sujet. Je fais part de toutes ces pensées à Linda qui à ma grande surprise, est plutôt favorable.

La météo nous indique force 3,4 d’ouest virant dans la soirée au sud, sud est montant à 7 beauforts…alors nous partons. Dans tous les cas, si nous repoussons le départ, les vents pourrait rester à l’est un moment et nous aurions encore plus de mal à partir.

Le chenal se fait sans encombre, le nouveau système de bout dehors fonctionne très bien, les œils frappés sur les poulies de palans pour bien tendre les moustaches et la sous-barbe sont cousus avec du fils à voile et surliés. La Désirade, toutes voiles dehors file pas moins de 6 nœuds, 6 nœuds cinq sur le fond. Une escouade de dauphins communs nous rejoint et Eden sur le pont pour l’occasion, accompagné de Pascal qu’elle appelle maintenant « tonton », n’en perd pas une miette. Nous restons au large mais ceci ne nous empêche pas d’apercevoir rapidement Roscoff sur l’horizon. Linda et Eden sont couchées dans la bannette. Pascal et moi regardons vivre le bateau. Plus nous avançons dans l’après-midi, plus nous guettons les signes de notre rendez-vous avec le vent. Il est vingt heure, toujours rien… par précaution, nous prenons les ris dans la grand-voile. Le vent tend à virer au sud mais pas franchement. Je regarde encore la météo que nous avions pris soin d’imprimer, décortiquée heure par heure, il est écrit…

  • Micka, c’est parti ! dit Pascal dans l’encablure du panneau de descente.

Je remonte du carré, en effet, le vent a bien tourné et monte en puissance, la mer, jusqu’ici convenable commence à s’agiter et Pascal, quand à lui, commence à s’amuser.

On devrait prendre un ris dans la trinquette mais j’attends pour proposer l’idée, la grand-voile est arisée, c’est le principal. Les voiles d’avant sont plus faciles à manier et les conditions sont encore acceptables. Le GPS affiche maintenant 8 nœuds, nous allons vite et mon ami qui tient la barre, lui, affiche un sourire qui grandit au fur et à mesure que nous prenons de la vitesse. Bien que son expression soit  rassurante, l’inquiétude me gagne et bien sûr, le mal de mer avec…ce n’est pourtant pas le moment de vaciller, d’autant plus que maintenant nous tournons à 9 nœuds et prenons encore de la vitesse.

Le vent monte encore et le bout dehors explose ! Il se met à la vertical, pointant le ciel, le foc le tir vers le haut, Pascal bondit sur le pont, je prends la barre et me met face au vent, il affale le foc et récupère le haubanage du bout dehors traînant dans l’eau. Le vent monte encore et tant que nous sommes face à lui, nous affalons la grand-voile avec difficulté tant les vagues viennent se fracasser sur la coque. Ne reste que la trinquette, le bateau est beaucoup plus mou. Nous reprenons le cap et Pascal dans un calme qui lui ressemble bien me suggère que je devrais faire gréer une 3ème prise de ris sur la grand-voile… « Parce que là, du coup, on se traîne ! »

Nous subissons la renverse, le courant nous oblige à regarder toujours le même paysage comme si le temps s’était arrêté. Nous n’avançons plus. Linda, pendant la bataille est restée couchée avec Eden, subissant le vacarme produit par la mer agitée frappant sur la carène et se retenant de questionner sur la situation. Après avoir attendu avec moi dans le cockpit, de voir les réactions du voilier, Pascal va se reposer. Bien que les conditions soient encore lamentables, je suis content et satisfait de La Désirade, c’est un bateau très marin.  Je dois repenser au système à l’avant mais dans l’ensemble, je suis très content.

Le quart se met en place naturellement jusqu’au lever du jour, le vent a molli et nous permet de renvoyer la grand-voile. La trinquette est remplacée par la grande et c’est au près que nous entrons dans la baie de St Brieuc.

Le temps est beaucoup plus clément et Linda propose de prendre la barre ce qui devient très confortable pour Pascal et moi. L’écluse s’ouvre devant nous, et nous suivons le chenal. J’annonce notre arrivée à la radio et le maître de port nous octroie une place. Valérie, l’épouse de Pascal nous attend sur les quais. L’accostage à couple d’un autre voilier est effectué, et la bière est servie, bien méritée !

Tous assis dans le cockpit, nous racontons à Valérie cette navigation épique, on rigole bien…après coup. Un voilier arrive et nous interpelle :

  • C’est votre place ?
  • Pour l’heure, oui, le maître de port m’a indiqué ce poste.
  • Vous êtes là à l’année ?
  • Non, on vient d’arriver.
  • c’est Ma place, il faut bouger.
  • Ben, non, s’ils m’ont donné cette place-là, je pense ce que n’est pas pour rien.

La personne insiste encore alors qu’il nous dépasse et avance dans le fond du port qui se trouve tout en longueur.

Pascal et Valérie rentre chez eux, c’est la fin d’après-midi et je profite de la vue qu’offre ce nouvel endroit. Tout serait parfait si je n’avais pas cette gêne dans l’épaule qui me tiraille due aux heures passé à la barre.

L’homme aperçu à la barre de son voilier revient à la charge. Il insiste de nouveau sur le fait que nous lui avons pris sa place. Je lui dis une nouvelle fois que le maître de port nous a placés là et que notre bateau ne permet pas de faire des manœuvres à tout va. De plus je n’ai aucune intention d’aller à l’encontre de l’autorité, et qu’il serait plus judicieux d’étudier la question avec le personnel du port. En partant, il me prévient que ça ne va pas se passer comme ça.

Deux jours plus, le dimanche soir, après un aller-retour à l’Aber Wrach’ pour récupérer notre auto, Linda me dit que la personne est revenue disant qu’il aimerait bien reprendre sa place :

  • J’irai voir le maître de port demain matin pour qu’il nous attribue une autre place, ce n’est pas croyable comme il est pénible celui-ci !

Au matin, après un bref échange avec l’autorité, nous changeons de place.

Nous visitons, et petit à petit, prenons nos marques. Nous sommes invités chez Pascal et Valérie pour dîner et, dans le file de la discussion, nous leur expliquons qu’il est possible que l’on reste à St Brieuc cet hiver car les réponses aux recherches d’emploi outre mer, ne sont pas positives. Notre téléphone sonne :

  • Allo ?
  • Oui, bonjour, je suis restaurateur à St Pierre et Miquelon, on m’a transmis votre CV et comme j’ai besoin d’un responsable de salle, je me demandais si vous étiez toujours intéressé ?

Les conditions sont déposée, les disponibilités sont calées, nous devons y être le 15 novembre 2012…nous sommes mi-octobre, il va falloir s’organiser !

Nous devons démâter et sortir le bateau au sec, le sabler, le traiter, tout ranger, visiter nos famille et amis, vendre notre auto, faire nos bagages et trouver des billets d’avion.

La tâche est grande mais tout se met rapidement en place. Les travaux sont en cours et la gêne qui persiste dans mon épaule se transforme en douleur. Suite à l’insistance de Linda, je prends rendez-vous chez le kinésithérapeute.

Il est 10h50, reste dix minutes avant mon auscultation. Je passe dire bonjour aux agents portuaires, un homme est avec eux :

  • Bonjour !
  • Bonjours ! me répondent-ils tous.

La personne qui est avec eux me sourit et tend sa main pour serer la mienne :

  • Je suis votre future ex voisin de ponton !
  • Comment ça ?

Le maître de port me regarde et me dit :

  • C’est la personne avec qui tu as eu l’incident au sujet de la place de port le jour où vous êtes arrivé.
  • Ah d’accord. Je lui sers la main sans enthousiasme.
  • Je file, j’ai un rendez-vous, à bientôt ! dit l’homme en s’éloignant.

Je regarde ma montre, il est moins cinq : j’y vais, j’ai rendez-vous!

Au moment où ces mots sortent de ma bouche, une pensée traverse mon esprit.

Assis dans la salle d’attente, je me demande si je reste ou pas. Il est peu probable que la personne que j’ai vue il y a dix minutes soit le docteur qui va me remettre l’épaule en place…et bien si.

La porte du cabinet s’ouvre.

  • A nous deux !

Nous échangeons quelques mots de courtoisie professionnelle et n’abordons pas le sujet de notre discorde.

J’ai des doutes, je suis rentré avec un mal d’épaule, et je ressors avec du mal partout. Au retour, j’explique la situation à Linda, elle rigole et me rassure quand même, me disant que c’est normal après une consultation chez le kiné d’avoir mal…

Notre mât est stocké chez un charpentier de marine, la coque et sur le terre plein du port. Elle a été sablée par un professionnel, et couverte par un produit conseillé par ce dernier. Je me demande si l’efficacité du produit est réelle quand je vois quelques tâches de rouille qui ressortent de cette peinture…

  • Allô, c’est moi, mon client a des doutes sur ton produit, je te le passe.

Le professionnel, sans doute agacé par mes questions me donne son téléphone et j’ai directement le fournisseur au bout du fil. Il m’affirme que son produit est complètement adapté à l’acier, son action a pour effet de neutraliser la rouille et il est possible qu’il faille en appliquer d’avantage.

Je m’y emploie. Nous sommes déjà à six couches, j’utilise les fonds de pot pour une septième, voire plus.

Les bagages sont dans la voiture, Eden attend sagement dans son siège auto et Linda est au volant. Un dernier coup de pinceau, je jette les pots et en route direction Le Mans.

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Chapitre 5 partie I

De St Brieuc à St Pierre et Miquelon

 

La tournée des grands-ducs commence, nous sommes ravis de voir familles et amis et leur expliquer où nous allons. Tout comme nous au début, les gens ont du mal à cibler où se trouve cet archipel. Nous leur montrons sur internet et leur réflexion, quand ils voient la météo en annexe, c’est : «  ola ! Il y fait bien trop froid, on vous rendra plutôt visite quand vous serez sous le soleil ! »

On est reparti ! C’est dans le Loir et cher que nous retrouvons le parrain de Linda. Même exposé qu’au Mans, content pour nous, il aperçoit son voisin :

  • C’est ma filleule et son mari, ils partent pour St pierre !
  • St pierre des corps ?
  • Non, plus loin, St Pierre et Miquelon !

On se dit au revoir et cinq heures après, nous arrivons à La Rochelle. A droite, à gauche, apéro, repas, tout y passe. Nous vendons la voiture sans aucun problème. Nous surveillons tous les jours les différentes offres et options pour le voyage. Ca y est,  Linda a trouvé, nous devons rejoindre Paris, de là, aller à Montréal ; Montréal, Toronto ; Toronto, St Jean de Terre Neuve ; St Jean de Terre Neuve, St Pierre et Miquelon. Vu comme cela, ça a l’air facile…ou presque. Mais c’est sans compter les escales interminables, les passages en douane, les hôtels à réserver… Linda, a pris, je ne sais pas pourquoi, les billets par la fin. « Ce n’est pas grave » dit-elle… Ça, c’est sans compter que pour acheter le dernier billet sur internet, notre carte bancaire est bloquée. Nous avons un seuil à ne pas dépasser dans la semaine, et les premières transactions effectuées, nous ne pouvons plus acheter le Paris Montréal qui est le plus onéreux de notre prochain périple ! Elle rectifie le tir le lendemain en téléphonant à la banque. Nous voilà rassurés.

Tout est prêt ! Le départ est dans quelques jours, des amis nous emmènerons à Paris. Nous avons prévu de nous arrêter à Orléans pour nous reposer et ainsi arriver à l’heure pour nous enregistrer. Nous nous arrêtons dans un hôtel bon marché. Ça court dans les couloirs, ça crie,  ça jouis, du grand n’importe quoi. Alors certes, on n’a pas payé cher mais on n’a pas dormi non plus. Nous descendons dans le hall avant l’aube, les yeux tirés par la fatigue, des gens sont là, smart phone pour les hommes, mini-jupe pour les demoiselles. C’est glauque. Nous partons vite d’ici.

Nous voilà dans la file d’attente de l’enregistrement, nos amis restent avec nous. J’espère ne pas m’être trompé en chargeant les bagages. Nous avons le droit d’embarquer vingt-trois kilos par personne. Je suis le préposé à faire les sacs, le temps passé à l’armée m’a appris à optimiser la place, ce qui arrange bien Linda. Premier sac sur la balance : 23 kilos ! Un « ohhh » retenti derrière nous. Surpris, nous nous retournons, je vois des gens avec un grand sourire et le pouce levé. Deuxième sac : 22, 95 kilos et même réaction, c’est marrant, on s’amuse d’un rien dans un aéroport. Le troisième n’a pas fait autant d’effet mais je savais qu’il était à 17 kilos.

Les au revoir se font au milieu du grand hall entre deux annonces d’appel aux passagers.

Eden est impressionnée, de voir ces gros avions à travers les vitres de la zone d’attente d’embarquement. Nous montons à bord et s’asseyons dans nos sièges respectifs. Les hôtesses font des allers retours et regardent notre petite à chaque passage. Une d’entre elles s’arrête et nous demande l’âge d’Eden. A deux ans, elle a l’âge requis pour être installée dans son siège avec sa ceinture mais à la vue de son gabarit de reinette, il est apparemment préférable, pour le décollage, qu’elle soit installée dans nos bras.

L’avion se met en place en bout de piste, j’essaie de me détendre, j’ai chaud et transpire un peu. Je ne suis pas fan de l’avion. Linda me regarde avec un sourire moqueur, Eden est dans ses bras, curieuse de l’environnement.

Je pense que les pièces les plus solides de l’avion restent les accoudoirs vu comment j’ai malmené les miens ! Mais c’est bon, nous sommes en l’air et tout va pour le mieux. Huit heures après, Welcome to Montréal ! Suite à une brève escale, nous repartons pour Toronto. Nous notons une différence notable par rapport au vol précédant. Pendant le trajet, une annonce faite par l’hôtesse prévient les passagers que l’équipage va distribuer un encas. Nous recevons chacun une pizza en guise de goûter !

Nous voyons la ville de Toronto par le hublot, il fait nuit, les lumières, au sol, forment de grands carrés aux cotés rouge ou jaune selon le sens de circulation, nous atterrissons. Pour cette escale, nous avons le temps, inutile de courir cette fois ci. Nous mangeons un bout dans un restaurant, nous nous dégourdissons les jambes, visitons des boutiques, c’est cool… jusqu’à ce que l’on se rende compte que nous ne sommes pas devant le bon terminal ! Nous engageons une course effrénée contre l’horloge, demandant notre chemin, la petite dans les bras, la fatigue due au voyage… une chance de ne pas être encombré par les bagages resté en transit ! Nous devons prendre un métro aérien, un bus, rien que ça !

Nous arrivons enfin à l’embarquement pour  St Jean de Terre Neuve… ils disent ici St John, Linda avait remarqué ça en prenant les billets. Mais le doute s’installe quand, assis dans nos sièges, les gens cherchant leur place dans l’avion sont vêtus de chemises hawaïennes, shorts et tongs. On se regarde, et je demande à Linda :

  • y a rien qui te choc ?
  • oui, ils ne sont pas habillés chaudement… En même temps, y avait plusieurs St John…j’espère que je ne me suis pas trompée…

Je lève la main et interpelle l’hôtesse. Elle arrive à moi avec un grand sourire :

  • oui monsieur ?
  • vous allez rire, on se demande si nous sommes dans le bon avion. Nous, on va à St John, St Jean de Terre Neuve, cet avion aussi ? parce que, vu comment les gens sont habillés, on ne dirait pas que l’on va dans la même direction.
  • oui monsieur, ne vous inquiétez pas, vous êtes sur le bon vol. Les gens reviennent pour la plus part de Cuba…ils repoussent l’échéance de la fin des vacances…quitte à attraper froid…
  • ah, d’accord, merci madame.

Nous atterrissons tard le soir, Linda nous a réservé un hôtel pas trop loin de l’aéroport. Prenant en compte l’heure tardive de notre arrivée, nous avons choisi cet établissement où la réception est ouverte 24 heures sur 24. Nous ne voulions pas être confronté au fait qu’un digicode décide de notre sort devant la porte verrouillée de l’auberge de jeunesse où nous passerons les quatre prochaines nuits. Pour le moment, c’est un employé, vêtu d’un uniforme qui récupère nos bagages dans le taxi, les chargent sur un chariot et les poussent jusqu’à la réception. Nous nous présentons, spécifiant que nous avons une chambre réservée pour la nuit. Le groom part avec nos bagages. En attendant les formalités d’usage, nous regardons autour de nous ce grand hall luxueux où tout brille, des canapés en cuir jusqu’aux mains courantes des escaliers. Les clefs en main, nous rejoignons notre chambre. Nos sacs sont à l’entrée, la pièce est confortable et propre, un lit parapluie est installé. Aucun de nous trois ne se fait prier pour la douche et rejoindre son lit.

Nous avons hâte de voir comment c’est dehors ! Nous n’avons pas vu grand-chose cette nuit dans le taxi ! Mais avant tout, un bon petit dej’…non, un énorme petit dej’ ! Tout y est ! Œufs, bacon, jambon, fromage, fruits, l’étal est impressionnant, gâteaux et cakes de toutes sortes ! La panse bien remplie, les bagages refermés, nous quittons l’hôtel pour rejoindre l’auberge de jeunesse. Les camions, les sapins de noël, les rues, Nous trouvons tout très grand, sauf…notre nouvelle chambre en sous-sol, aménagée de deux lits superposés avec une fenêtre qui ne donne sur rien. Tant pis, on s’en moque, nous sommes ici, à deux pas de St Pierre et ça pour nous, ce n’est pas rien ! Partons en ballade !

 

 

Le vol pour St pierre, c’est tout autre chose. Je vois Linda inquiète, il faut dire que depuis Paris, plus on se rapproche de l’arrivée, plus les avions sont petits, de mon côté, je ne fais pas le malin mais je m’attendais encore à beaucoup plus petit… nous nous installons à bord, l’aménagement intérieur a des airs d’autocar. Les gens pour la plupart se connaissent et parlent de tout et de rien, l’atmosphère est plutôt conviviale. Je suis assis à côté d’une jeune femme à l’air tout aussi rassuré que moi. C’est parti, et seulement quelques dizaines de minutes plus tard, le commandant arrive à mon niveau :

  • Ça va ?

Je m’apprête à répondre mais c’est à la jeune femme qu’il s’adresse.

  • Oui, merci dit-elle d’un ton sûr
  • Vous l’avez déjà fait ?
  • Oui, mais sur des plus gros.
  • Bien, alors avant l’atterrissage, vous nous rejoignez dans le cockpit ?
  • Très bien.

Là, il y a plein de questions qui me passent par la tête ! Surtout une : Qui est cette jeune femme ? Une apprentie pilote qu’on aurait invité à faire atterrir l’avion ? Non, ou si justement mais elle a l’air autant stressée que moi… je la regarde et lui dit :

  • Vous êtes inquiète pour l’atterrissage ?
  • Oui, j’ai l’habitude des plus gros avions, ceux de cette taille en revanche…

Mes inquiétudes grandissent… jusqu’à ce qu’elle me parle de l’objet de sa visite à st Pierre ; Championne de judo reconnue (sauf par moi), elle vient ici soutenir et accompagner quelques jours le club local. Rien à voir avec mon délire d’apprentie pilote !

Les roues de l’avion crissent sur le tarmac. Beaucoup de gens sont venus célébrer l’arrivée de la championne de judo. Nous sommes accueillis par le patron de Linda et ramenés au centre-ville. Les présentations sont faites, nous gagnons l’hôtel avec nos bagages. C’est une suite très spacieuse avec beaucoup de fenêtres, vue sur le port. L’endroit nous est prêté le temps de trouver un appartement.

Nous sommes arrivés un peu tôt du coup, le restaurant où Linda va travailler est dans les travaux de finition, ce qui nous permet de partir en vadrouille sur l’ile. On s’organise des randos, pique-nique. Les paysages sont surprenants, la végétation est très basse, les températures, mi-novembre, sont tout à fait convenables, lacs et plages font partis du panorama. Le coin est vraiment joli !

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Chapitre IV, partie 2

Les formalités administratives sont simplifiés, ce n’est pas pour nous déplaire, la vie est un peu cher mais bon. Un passage aux affaires maritime afin de consulter mon dossier de capitaine 200 me fait rencontrer un armateur, il ne me reste plus que deux jours de navigation à faire pour valider mon brevet. Ce dernier me propose un poste de patron à bord d’un de ces bateaux de pêche. Il m’oriente vers deux stages qui me seront utile pour l’avenir, un en ramandage et matelotage, et l’autre, à l’utilisation d’un logiciel de navigation. Bien entendu, je n’ai jamais fait la pêche, mais même après avoir insisté sur ce point, ce monsieur me précise que je travaillerai avec une personne qui connaît bien le sujet mais n’a pas les diplômes requis à la manœuvre du canot. Je ne perds pas de temps à m’inscrire auprès du centre de formation. Linda a commencé le travail et Eden va à l’école, la rentrée ici se fait dès l’âge de deux ans.
Nous rencontrons des gens bien sympathiques, comme Mick, Valérie et leurs enfants avec qui nous aimons passer du temps. D’autre nous montre des photos de paysages enneigés, de rues dont les trottoirs sont recouverts de deux mètres de poudreuse, nous expliquant que des hivers comme ça, aussi rude, il n’y en a plus…
…Bien sûr… la saison avance, la neige tombe, tombe encore, à la vertical, les vents se lèvent, la neige tombe encore plus, mais à l’horizontal… les températures grimpent…en négatif, moins quinze, moins vingt. Les promenades avec Eden sont réduites à vingt minutes. Bien qu’elle soit couverte comme un oignon, nous avons peur qu’elle ait trop froid.
Février, Linda travaille dure au restaurant, la formation commence et durera un mois ! J’y apprends plein de chose et rencontre aussi d’autre patron de pêche, notamment ceux de l’armement qui envisagerait de me prendre. J’enchaîne directement sur le deuxième stage, retrouve plus ou moins les mêmes candidats. Ces derniers m’expliquent les grands principes de la pêche aux crabes des neiges qui se fait au casier.
Mi-mars, j’embarque dans la nuit sur un chalutier de quinze mètres de l’armement, histoire d’avoir un avant-goût de ce qui m’attend. Linda a pris quelques jours pour garder Eden. Le bateau appareille et suit le chenal aux couleurs inversées. Il fait très froid, le matériel à bord est arrimé solidement. J’ai regardé la météo avant de partir, nous sommes sur la fin d’une dépression, ce n’est pas fameux mais avec ce bateau ça devrait bien se passer… en fait, non! Une fois sortie des abris, la mer est très mauvaise avec des creux impressionnant, le vent est glacial. Dans la timonerie, le patron est à la barre, le mécano fait cuire des saucisses bien grasses. L’air est saturé de l’odeur de la cuisine, de l’homme et surtout de cigarette blonde. Tous les panneaux sont fermés, étant pourtant moi-même fumeur, l’air est irrespirable. Ça n’a pas l’air de déranger mes deux compagnons. J’hésite entre les froid ou l’odeur de clope qui maintenant, me tourne la tête. Mon estomac choisit pour moi, je sors du poste et trouve un coin à l’abri du vent. J’ai vraiment froid, le bateau tape violemment dans les creux. Je ne prends pas la peine de passer ma tête au-delà de la lisse au moment où les hauts le cœur me prennent. Après mon dernier repas, c’est au tour de la bile, il faut que je mange, et surtout que je bois. Passé la porte, j’ai du mal à voir les deux marins, la cigarette au bec, les yeux plissés, qui me regardent et me demandent :
– Ça va Micka ?
– Ben non, pas trop mais bon…
Je ressors vite la tête de l’encablure, j’ai encore des nausées mais pourquoi ? Je n’ai plus rien à rendre…et si… une espèce de semelle flasque et gélatineuse qui tombe entre mes bottes et gèle de suite. Je m’assois, tout est givré sur le pont mais je n’en tiens pas compte, je me demande surtout ce qui s’est passé dans mon estomac. J’ai encore repoussé les limites de mon mal de mer… peut être qu’après ça, je ne le subirais plus…
– Micka, vas te coucher dans la bannette, il reste encore pas mal de route, reposes toi un peu. Le temps sera mieux après.
Je ne prends pas la peine de répondre, file me coucher à travers l’épaisse fumée et m’allonge dans le poste avant. Les bruits produits par la coque dans la mer sont impressionnant. Épuisé, je m’endors. Le patron me réveil pour le quart, me donne ses consignes et va se reposer. J’ai faim, je fais attention à bien mâcher, lentement le pain de mie. La fumée dans la timonerie se dissipe, seul debout à la barre, je mesure l’état de la mer qui est encore très agitée et dure. L’étrave continue à piquer dans les vagues blanches. Nous avançons lentement vers le point de pêche, la morue est visée, ce qui permettra d’essayer le chalut que l’armement vient de recevoir. L’aube, laiteuse, pointe son nez. Je suis une fois de plus impressionné par ce que je vois, des congères, longues de cinquante centimètres sur les balcons avant. Tout le pont est recouvert d’une épaisse couche de glace. Le mécano me tend un énorme maillet en bois que j’avais aperçu en montant à bord, me demandant à quoi il pourrait bien servir. Avoir embarqué cet outil prend tout son sens. Bien que fatigué, je ne veux pas décevoir et trouve la force de taper la glace qui explose en plaques. Nous arrivons enfin au point de pêche et mouillons le chalut. La mer est encore agitée mais tout de même plus confortable. Je continue à casser la glace et ranger le pont avec le mécano. Le temps est venu de virer le chalut. Les treuils tournent lentement et le filet sort de l’eau. Nous l’ouvrons et notre pauvre fortune tombe sur le pont. Nous trions ce maigre butin composé de rascasse, d’anémones, de cailloux et deux morues qui sont déjà gelées. Le froid ici est tenace. Le chalut est remis à l’eau, je reste sur le pont appréciant le peu de soleil qui s’offre à nous.de toutes façons, l’intérieur du poste est saturé de fumée, et je sais que si je veux garder le peu de pain que j’ai dans l’estomac, il est préférable pour moi de rester dehors même si le froid me mord. Au bout de quelques heures, nous remontons le filet. Ce coup là, les treuils forces, peut être que la chance tourne… et non… nous remontons un maudit rocher à bord accompagné de deux araignées, beaucoup de mailles ont cassé. Le patron et le mécano discutent entre eux, apellent l’armateur.
– On rentre.
La marée était prévue sur quatre jours mais dans ces conditions elle est écourtée. Le trajet est plus rapide du fait que la mer est devenue plus confortable. Nous accostons, au matin. Une fois le bateau rangé, le mécano me tend les deux morues congelées et me dit :
– Tiens Micka, tu ne seras venu pour rien.
– Merci, tu ne veux pas en garder une ?
– Non, c’est bon, tu les voles pas. Me répond-il avec un sourire.
Le patron me demande :
– Bon, ça va mieux ?
– Ouais, désolé, je n’ai pas étais vaillant.
– Non, c’est bon, puis c’est le premier coup, la mer était vraiment pas belle, y a pas de soucis, t’inquiètes. Puis on va vers les beaux jours alors ce sera mieux le prochain coup.
Sur ces mots, je débarque et rejoins Linda et Eden, qui, après avoir vu le bateau dans le chenal sont venues sur le port. Le bon côté, c’est que j’ai vu de mes yeux comment la mer pouvait être ici, et de plus la sortie avec les gars comble mon temps de navigation et me fait accéder à mon brevet. Je raconte mon aventure à Linda, elle m’écoute attentivement avec des yeux tous ronds.
Le lendemain, je rends visite aux affaires maritimes. La personne m’affirme que mon temps de validation est accomplie, je n’ai qu’à envoyer une demande écrite de mon brevet au bureau de Paimpol. J’ai aussi rendez-vous avec l’armateur, il me présente mon collègue avec qui je dois embarquer, il nous faut trouver un troisième marin. Je reçois quantité de CV par mail transmit par le directeur d’armement. La tâche n’est pas facile, d’autant plus que mon futur collègue, pourtant de réputation sérieuse, est injoignable… et pour cause, il est parti sur un autre bateau. De plus je reçois un message des affaires maritimes, qui m’informent que certaines navigations n’ont pas été comptabilisées et qu’il n’est donc pas possible de valider mes examens. Je ne rentrerais pas dans les détails sur le comptage des jours (de peur qu’ils m’en retirent encore). Dans tous les cas, je suis obligé de décliner l’offre de l’armateur et c’est mieux ainsi.
Doucement, le printemps pointe son nez avec un thermomètre qui frôle le 1 degré ! Nous envisageons de rentrer en métropole début juin, notre bateau nous manque, et de plus, nous lui avons trouvé un beau projet ! Il s’agit d’un rallye humanitaire au départ de méditerranée mi-septembre, qui dessert l’Afrique, l’Amérique du sud, et se termine aux Antilles. Avant ça, il faut rentrer, préparer la Désirade, traverser le Golf de Gascogne, rejoindre la méditerranée par Gibraltar et remonter vers le golfe du lion. C’est jouable mais il ne faut pas traîner !

 

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Chapitre V

Saint Pierre et Miquelon / Saint Brieuc

Notre retour n’est pas beaucoup plus simple que l’aller ! St Pierre, St John; St John, Toronto; Toronto, Dublin. Tout ça en avion. Ensuite Dublin, Cook en autocar ; Cork, Roscoff en ferry et Roscoff, St Brieuc en train. Nous avons le choix de rester quelques jours à Dublin et nous ne nous en privons pas.
Nous partons donc pour l’aéroport le 25 mai au matin. Dans le hall d’attente, tout le monde parle avec tout le monde. L’appel à passager met fin aux conversations et l’embarquement commence. Je suis assis à côté d’un des clients du restaurant présenté par Linda quelques minutes plus tôt.
• J’espère qu’il n’y aura pas de problèmes, ils ont terminé à l’instant de remplacer le moteur droit.
Je me tourne vers mon voisin qui vient de prononcer ces mots :
• Pardon ?
• Je disais espérer qu’il n’y ait pas de problèmes, le moteur droit ne fonctionnait plus, ils ont fini de le remplacer avant qu’on embarque…
• Euh…non, c’est pas possible, y a des vols d’essai à faire ou des trucs comme ça ?
• On est à St Pierre, le vol d’essai c’est celui-là !
• Rigolez pas, je ne suis pas bien en avion !
Je regarde Linda, déconfit, et me demande si je lui fais part de cette nouvelle ou pas.
Voyant la panique me gagner, le gars pose la main sur mon bras :
• Ça va Micka ? c’est une blague, ça va ?
• Ben heu…non, il va bien l’avion ?
• Je suis vraiment désolé, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise, ne t’inquiète pas, l’avion marche très bien et les pilotes de St Pierre ont une solide réputation. Ça va aller ?
• Oui, c’est bon…c’est que je ne suis pas bien en avion…ça va aller…
L’avion prend sa place sur la piste, mon voisin continu à me parler mais je ne l’entends plus. Je regarde Linda et Eden installées sur leur siège, je leur sourris. L’avion prend de la vitesse et décolle. J’ai le souvenir d’avoir entendu une chose comme : Si un avion a une avarie, c’est pendant les trente Premières secondes après le décollage… alors je compte. Arrivé à trente, je continu à compter… par mesure de sécurité. C’est absurde.
Nous poursuivons notre route sans avaries ni encombre jusqu’à Dublin.
Moins fatigué qu’à l’allée, nous gagnons tout de suite le hall de réception des bagages récupérer nos sacs. Nous avons hâte de voir cette ville. Linda y avait mis les pieds quelques années auparavant mais pour Eden et moi, c’est une grande découverte ! L’attente est très longue. Nous reconnaissons une valise qui a déjà fait un tour complet du tapis. Ce n’est pas ici que nous trouverons nos sacs. Nous nous rendons au bureau d’accueil, une hôtesse nous reçoit. Après avoir cherché sur son ordinateur, Elle nous dit :
• C’est bon, nous avons trouvé vos bagage, ils sont à Toronto !
C’est parti ! Formulaires, passeports, stylo, le centre-ville de Dublin attendra. Nous avions eu vent que ce genre de chose pouvait arriver, mais à nous ? C’est étonnant ! La compagnie prend tout en compte, rapatriement des effets à l’hôtel, frais engendrés pour nos besoins dû au désagrément. De ce fait, la visite de Dublin se réduit au centre commercial et quelques balades quand même ; mais toujours dans l’attente de nos affaires. Dans la chambre d’hôtel, le téléphone sonne. La réception nous informe que nos sacs sont dans le hall. Nous sommes soulagés, d’autant plus que nous prenons l’autocar demain matin en direction de Cork.
Nous nous arrêtons sur le parking de la gare maritime, le car nous fait passer par des endroits plutôt jolis. Eden est marrante, elle est impressionnée par la taille des ferrys qui se trouvent dans le port. Au moment de prendre les billets, nous avions dans l’obligation de réserver une cabine, ce n’est pas dommage, l’endroit est confortable bien qu’Eden ne met pas longtemps à faire le tour du propriétaire.
Nous passons la nuit en mer, cette partie du voyage a des airs de croisière. Après avoir débarqué, nous devons attraper la navette qui nous déposera à la gare. Ça aurait dû se passer comme ça si la navette s’était présentée mais comme elle n’est jamais venu, c’est en taxi que nous faisons le trajet et bien que le chauffeur ne traîne pas, nous regardons le train partir sans nous…
Nous arrivons en fin d’après-midi à St Brieuc, nous sommes heureux de retrouver la famille de Pascal (Valérie et Marie) qui nous accueillent à la gare et nous ramènent au port voir La Désirade, qui nous a beaucoup manqué. Pascal n’est pas là, il est parti tout l’été pour la Norvège.
Arrivé au chantier, nous redécouvrons notre bateau, la coque a rouillé par endroit. Nous n’avons pas d’échelle pour grimper à l’intérieur mais celle du voisin pourrait convenir. Il est occupé à travailler mais impatient, je me permets tout de même de lui demander son escabeau.
• Salut Micka ! me dit-il.
Je ne reconnais pas le gars avec sa capuche, son masque et ses lunettes mais il les retire aussi sec. Je tombe des nus ! C’est Olivier, rencontré à Marans quand il achetait son voilier, celui qui m’avait conseillé pour le passage du Raz de Sein et celui du Four trois ans auparavant. Nous avions bien échangé quelques mails et le dernier nous indiqué qu’il serait vers St Brieuc à notre retour! Quel hasard de le voir cinq minutes après notre arrivée !
Une fois à bord, les banquettes et les peintures sont abîmées par la moisissure. Nous ferons le point demain. Pour l’heure nous sommes invités par Valérie et Marie pour dîner et rester quelques jours là-bas le temps de réhabiliter notre bateau.
Nous retroussons nos manches et commençons par faire le ménage en grand. Nous voyons aussi les agents portuaires, nous apprécions vraiment de retrouver tous ces gens. Certaines personnes s’interrogent de savoir où nous avons passé l’hiver ayant vu notre voilier au sec durant cette période, alors nous leur répondons : à St Pierre et Miquelon. Nous nous amusons à entendre les phrases qui suivent suite à notre réponse :
• Vous êtes des malins vous, vous passez l’hiver au soleil !!!
Ou encore :
• Boire du rhum sous les cocotiers, génial !!!
Alors nous leur répondons :
• Non, ce n’est pas ce St Pierre là, c’est St Pierre et Miquelon, en dessous Terre Neuve…
Et les questions fusent, sur le temps qu’il fait là-bas, sur les gens, le trajet pour y aller et plein d’autres choses.
La préparation du bateau se met en place, je travaille sur la coque, entre deux couche de produit, je file chez le charpentier de marine travailler sur le mat sur lequel une révision complète a été effectué. Il est abîmé par endroit, je dois passer des câbles à l’intérieur, le poncer entièrement et être très généreux sur la lasure. Nous devons penser aussi à faire certain frais dans du matériel comme une balise de détresse, un téléphone satellite, un feu de tête de mat, des panneaux solaires et pour ça, nous sommes à l’affût des petites annonces ou des promotions proposés par certains magasins. Nous contactons un voilier afin de faire coudre une troisième bande de ris dans la grand-voile. Linda en se promenant sur le port trouve un travail dans un bar, je m’occupe d’Eden et les travaux prennent un peu plus de temps. Quelques visites de la famille ponctues nos activités.
Les filles partent au Mans quelques jours en train, à leur retour, une surprise de taille attend Eden. Linda et moi avions prévu que j’aille chercher Jahia dans un village pas trop loin de St Brieuc, notre future chienne, réservée deux mois auparavant sur internet alors que nous étions encore à St Pierre. Valérie et Marie m’accompagne au rendez-vous. Ça y est, je l’ai dans les bras, une petite chienne Parson Russell toute blanche.
Elle me suit partout, elle est marrante. Les filles arrivent et Linda laisse passer Eden en première. Jahia est dans le carré.
• Maman, maman, y a un chien !!!
Les présentations se font dans la douceur…ou presque, Eden attrape son ballon, presque plus gros que la chienne et lui lance en pleine tête.
L’équipage est au complet, La Désirade est parée, Valérie nous a prêté les cartes de navigation de leur tour d’Atlantique, il est temps de repartir.

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Chapitre VI

De St Brieuc vers le Sud.

Mi-juillet 2014, on s’en va. Nous choisissons pour cette première, une navigation pas trop longue, qui se passe très bien sauf pour ce grain, pas bien méchant mais surtout humide au moment de passer sous l’île de Bréhat. Notre cockpit n’est pas protégé des intempéries. La mer est devenue comme un miroir, tout est calme. Nous mouillons l’ancre dans une petite anse du Trieux ou nous passons la nuit. Tout l’équipage est content de cette première navigation, Jahia ne pose aucun problèmes, elle fait ses besoin sur le pont que nous rinçons à l’eau de mer.
Au matin, c’est direction Roscoff. Nous devons nous aider du moteur afin de gagner quelques degrés sur le vent qui n’est pas pour nous mais reste faible le temps de la navigation. A notre retour d’Irlande, je n’avais pas fait attention au port de plaisance. Nous le voyons imposant, gris et fade. Bien des gens m’en ont parlé, me disant que c’était le port tout neuf de la côte nord où il fallait faire escale. Nous restons deux nuits ici, je profite de la promenade des filles pour rester à bord faire quelques bricoles.
Un professeur du capitaine 200 revu à St Brieuc avant le départ, m’avait proposé de passer voir un ami à lui qui aurait peut-être des voiles à nous donner, il est l’Aber Wrach’ et c’est notre prochaine escale.
L’approche se fait sans complication, c’est la première fois avec Linda que nous nous faisons la réflexion qu’une arrivée dans un endroit que nous connaissons est beaucoup plus facile. Nous remontons le chenal sur la fin d’après-midi et contactons le port par radio. Vu la vitesse d’élocution de mon ancienne collègue, j’en déduis qu’ils sont débordé, elle nous informe qu’il n’y a plus du tout de place, même au mouillage. Plan B, nous rejoignons Paluden dans le fond de l’aber. Nous savons qu’il est possible de mouiller là-bas et c’est ce que nous faisons. Le canoë est gonflé, plus léger et maniable que l’annexe, nous le préférons à celle-ci. Nous pouvons débarquer, aller se promener. Tout prend des airs de vacances. Nous passons trois nuits ici, je me suis rendu voir la personne au sujet des voiles mais il n’avait pas ce qui convenait à notre bateau.
Comme le conquétois insiste sur le fait que l’on passe le voir au conquêt, c’est la prochaine destination. Nous partons dans la nuit avec la marée et un brouillard à couper au couteau. Eden dort, Linda, à la proue me prévient de dangers, j’ai les yeux rivé sur elle et le sondeur. Nous sortons enfin du chenal, le petit jour monte et le courant nous porte gentiment vers le conquêt. Le vent, stable, garde les voiles bien établies. Dans le chenal du Four, nous essayons de contacter par radio le conquétois, au boulot sur le bateau de pêche où il est embarqué mais sans succès. La passe est en vue, mais la personne avec qui je parle à la radio préfère attendre son supérieur pour nous indiquer une place. Tour d’honneur dans le bassin, on ressort, direction le mouillage, pas loin de la plage. Deux heures plus tard, il nous téléphone, nous pouvons aller au port et prendre une bouée. Notre ami rentre de sa pêche et nous invite chez lui pour le dîner. On se régale de homards, d’araignées et de langoustes fraîchement pêchés !Nous prenons notre temps, c’est très beau ici, comme plein d’autre endroit de la Bretagne nord !
Un incident survient sur le trajet vers Camaret. Le moteur fume un peu mais à l’intérieur, je jette un coup d’œil, rien, peu être des saletés qui chauffent dessus, résidu d’huile ou autre je regarderai ça de plus prêt au port. Nous accostons sur les pontons et me met au travail de suite. Les bouchons d’ingrédients sont vérifiés, je passe un bon coup de chiffon partout. Comme un problème en soulève souvent un autre, je m’aperçois qu’il y a plein d’eau dans la cale. Nous nettoyons tous les fonts avec Linda et nous demandons si ce n’est pas le joint tournant qui pourrait être fatigué. Nous faisons appel à un mécanicien, ce dernier nous demande de nous mettre au sec à la cale de mise à l’eau. Une fois l’hélice hors de l’eau, il vient voir le joint à bord.
• Il faudrait le démonter pour voir, et je n’en ai pas des comme ça, faut commander. Peut-être qu’un simple serrage des fois suffi.
Il n’a pas l’air trop inquiet, en partant, il nous précise que ce genre de pièce met beaucoup de temps à s’user. On verra ça plus tard et quand l’eau remonte, nous regagnons notre place. Nous découvrons Camaret, ville d’artiste. Nous serions bien resté plus que deux nuit mais nous ne voulons pas traîner, le Raz de Sein nous attend. A mon premier passage vers le nord, les conditions étaient bien différentes, le courant nous porte à une vitesse convenable. Le vent est mou mais pour être franc, je préfère ça. D’autant plus que le problème de la fumée persiste et que nous prenons toujours l’eau.
Arrivé à St Evette, le mouillage devant Audierne, cherchant quelque chose dans le coffre arrière, je vois la sortie d’échappement sectionnée. Je m’en veux de ne pas avoir eu l’idée de regarder à ça, tout s’explique, une partie de l’eau de mer du circuit de refroidissement et les gaz d’échappements rentraient donc dans la cale. Nous nous sommes aussi rendus compte que l’alternateur, couplé au moteur, ne chargeait plus les batteries, et nous ne perdons pas de temps à en commander un neuf. Pour ce qui est du reste des réparations, je me débrouille avec les moyens du bord… (C’est le cas de le dire) Et ça fonctionne !
Nous profitons de l’attente du colis pour visiter le coin. Nous allons souvent à la plage, l’endroit est vraiment agréable.
Le téléphone sonne :
• Bonjour, je vous appel au sujet de l’annonce.
Par mesure de sécurité, nous avions eu l’idée de prendre un équipier pour la traversé du golfe de Gascogne mais on ne savait pas trop si c’était une bonne chose vu les avantages et les inconvénients.
Toute un tas de questions suivent, sur les modalités d’embarquement, je lui explique tout sans oublier de lui préciser que notre voilier n’est pas équipé dernier cri : voile aurique, dure à la barre, pas de douche, les toilettes se résument à un seau, pas de pilote auto, pompe à pied pour l’eau et j’en passe…
• Mais comment vous faite pour vous laver ? me demande t il
• En mer, c’est une toilette succincte, arrivé au port, on prend une douche.
• Ah bon, vous utilisez les sanitaire au port, il n’y a pas de douche à bord ?
• Ben…non, ça pose un problème ?
• Et il y a de la place pour une autre personne, ma copine pourrait se joindre à nous ?
• Faut voir, ce n’est pas un gros bateau…
• Je vois avec elle et je vous rappelle. A bientôt.
Je me tourne vers Linda et lui dit :
• Je ne suis pas sure que ça l’intéresse, je crois que le problème, c’est la douche.
• Pas grave, de toute façon, je ne pense pas que ce soit une bonne idée en fin de compte.
• C’est mon avis aussi, on se débrouillera.

Peu de temps après la personne nous recontacte et explique qu il a trouvé un autre embarquement.
L’alternateur arrive enfin, il est changé dans la foulé. Nous rejoignons le port d’Audierne pour faire les pleins d’eau et de gas-oil. Le départ pour l’Espagne est imminent.

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Chapitre VII
Le Golfe de Gascogne.
Faux départ ! Nous avons fait quelques milles vers le sud-ouest mais la mer est tellement peu confortable et le vent au plus près que nous rebroussons chemin. La météo avait pourtant bien été étudié, notre schéma bien suivi, comme on nous l’avait conseillé, l’idée est de partir sur une fin de dépression et faire en sorte d’arriver avant la prochaine. L’impatience est le fait d’avoir perdu pas mal de temps à attendre après le colis nous a peut être poussé à partir ce jour.
Nous partons le lendemain, sur une mer encore houleuse mais toujours moins que la veille. Si nous ne faisons pas à nouveau demi-tour, nous devrions arriver le 17 août au Cabo Finistère.
Eden est dans sa cabine, Jahia, équipée de son gilet est dans le cockpit avec nous. Le ciel est laiteux, la météo nous indique que nous aurons du vent modéré au près la première journée, qu’il tourne vers l’ouest la deuxième et qu’il finit au nord-ouest mais faible.
Après quelques milles, un grain arrive, le vent monte, la gîte grandit et Eden ne se sent pas bien. La Désirade se fait brasser mais nous avançons. Trempé, Je passe mon temps à essayer de régler le régulateur d’allure installé avant le départ afin de lâcher la barre et aider Linda à s’occuper de notre petit mouss’.
« Donne-moi le sceau ! » dit elle.
Je lui temps, elle rend son petit déjeuné dedans. Le tein verdâtre, elle me dit :
«  Je vais me reposer avec Eden dans la cabine de quart. »
Je continue à me battre avec cette girouette qui ne veut rien entendre… par moment, j’y arrive, reste à surveiller, ça tient. Je me permets d’aller chercher quelque chose à grignoter mais quand je reviens, le cap a grandement changé !c’est reparti, je débraille tout, reprends le cap et essaies une fois de plus de régler tout ça.
Dans la cabine de quart, le Dessin animé « les Aristo chats » tourne en boucle. Les filles dorment et comme je n’arrive pas à régler ce maudit régule, je barre.
Le temps est long… les conditions sont acceptables mais le vent toujours au près. Je tente de remettre le système en route et m’aperçois qu’une des drosses indispensable au bon fonctionnement de cette mécanique a ragué et s’est abîmée. Je fais en sorte de limiter les dégâts et continue à barrer. J’évite de demander à Linda si tout va bien connaissant déjà la réponse.
La nuit est déjà bien avancée, je commence à fatiguer. Je ne me suis pas changé après le grain, j’ai un peu froid et vomis. La nuit est longue mais les feux de navigation de quelques autres navires croisant dans le coin me tiennent éveillé.
Le petit jour arrive timidement. J’ai hâte que le soleil me réchauffe mais le sourire de Linda le devance, elle a repris des couleurs. A mon plus grand bonheur, elle se sent de reprendre la barre, ce qui me permet de réparer le bout endommagé du régulateur d’allure avec les moyens du bord… du scotch très résistant !
L’opération a duré un moment, le système est installé sur deux barres en acier supporté par deux jambes de force, tout à l’arrière, après le safran. Autant dire que pour le réparer, je ne suis plus dans le bateau, mais au-dessus de l’eau, bien qu’équipé d’un gilet rattaché au balcon arrière, ce n’est pas la place que je préfère.
Ça y est ! C’est enfin réglé ! Je laisse Linda à la veille et me repose un peu dans le cockpit. Eden commence à pleurer, le dessin animé est éteint. Elle a le réveille difficile. Bien que nous lui mettons des couches pour cette navigation, nous profitons à chaque fois que nous sommes en bas de l’emmener au toilette… je lui rallume son film, et elle se rendort…
Nous ne mangeons pas beaucoup, mais le plus souvent de fois possible. Les bananes ont un grand succès ! Aussi facile à manger qu’à rendre, nous ne nous en privons pas. Dans la soirée, le régulateur nous fait un autre caprice ! Il est bloqué ! Je ne sais pas comment, et je n’ai aucune envie de retourner au-dessus de l’eau alors que la nuit est tombée. Après une étude rapide du problème, nous avons de la chance, il est coincé, mais dans le bon sens. On ne sait comment, le bateau tient le cap.
Linda retourne dans la bannette de quart avec Eden et je m’installe comme je peux dans le cockpit. Elle surveille le GPS et AIS, l’instrument est muni d’une alarme des bateaux en approche. De mon côté, je lève la tête de temps à autre voir s’il n’y a pas de lanternes aux alentours.
• Micka, Micka, si l’on ne fait rien, on retourne à St évette !
Je me réveille, et constate que le vent a tourné, et de ce fait, nous aussi ! Je débraille le régule toujours bloqué, reprend la barre et le cap. Ce petit inconvénient nous a fait faire un peu moins d’un mille dans le sens inverse… Linda retourne se coucher tandis que je reste à la barre jusqu’au petit jour.
Quelques heures plus tard, Linda, toute équipé, me tend une tasse de café et me remplace. Je suis fatigué mais avant d’aller me reposer, je dois voir le problème au niveau de notre pilote mécanique et aussi faire le point sur la carte.
Une biellette était sortie de son logement et était restée bloqué de travers dans le système. Je mets plus de temps à m’équiper et grimper sur la structure arrière que de réparer la panne. Un nouveau réglage tient désormais le bateau dans le cap… pour le moment…
Pour ce qui est du point, nous n’avançons pas vite mais ça va… ça va tellement que nous décidons de changer de plan ! Nous sentons Eden s’impatienter et prenons la décision de pointer sur Carino, au nord-ouest de l’Espagne. Ça réduit considérablement la traversé et devrons être à l’approche le lendemain. Le vent faibli, nous savons qu’il va en mollissant et reste maintenant au portant, c’est ce soir et cette nuit qu’il va nous falloir manger des milles.
Nous passons quelques heures à régler le régulateur d’allure ! Las de mes échecs répétés, Linda prend la barre et je pars me reposer.
A mon réveil, je suis surpris de voir Linda, les mains libres dans le cockpit ! Elle a amarré la barre à un bout frappé sur un taquet et le règle de temps à autre.
La soirée est avancée, il faut pouvoir régler ce régul’.
• On réessaie, mais prépares toi quand même à faire du quart à la barre… c’est la dernière nuit et il faut avancer…
• Ok
Après deux, trois essais, je suis content, j’ai bien compris comment régler tout ça, le bateau file droit sur son cap, les voiles sont bien établies et la Désirade avance ! Ma joie n’est partagée que très peu de temps car Linda est déjà blottie dans la bannette de quart. Je me couche dans le cockpit et m’endors.
Environs cinq heures plus tard, je me lève. Bien que coupé par plusieurs tours d’horizons pour Linda et moi, cette petite nuit a été réparatrice. Je fais le point, nous avons parcouru une trentaine milles, il doit nous en rester soixante-dix. Il est très tôt, nous pourrons y être ce soir.
Nous avions senti le vent venir vis à vis d’Eden, son impatience grandit mais la rassurons en lui apprenant que nous arriverons tout à l’heure.
La côte se dessine et nous offre une grande surprise ! Falaises et forêts se partagent le paysage.
Après 3 jours et demi, l’approche de Carino se fait au portant, sur une mer belle, sous le soleil, c’est très agréable. Les filles vont bien. Nous sommes tous les trois sous le charme de la côte qui se dessine très clairement maintenant.
Carino est une petite baie se trouvant dans une ria à coté du cap Ortegal. Des boules de mouillage sont à disposition, nous attrapons l’une d’elle.
Une fois amarré, Linda me dit :
– Je suis vraiment heureuse d’être arrivée là Micka, pour moi, maintenant, ce que l’on fait, c’est du plus !
le voyage se poursuit…
Toutes ces aventures ne sont qu’une infime partie de l’apprentissage que nous nous faisons sur la vie a bord de notre voilier. Quelques années après avoir écrit ces lignes, nous continuons à apprendre, à découvrir, à partager.
Plus qu’un voyage, c’est devenu petit à petit un mode de vie.

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Celui qui part de chez lui commence déjà un tour du monde.

Voyage 2019 sur ce lien:

https://drive.google.com/open?id=1mSM5AKm1tHTs4dy5ypADrb_l-LsvDbBF&usp=sharing

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